Miles Davis, Kind of Blue, 1959

Miles

Pour ce nouvel opus des Disques du placard, nous allons explorer de nouveaux territoires musicaux, délaisser au moins pour un temps le rock, pour nous tourner vers de nouveaux horizons, en l’occurrence le jazz avec l’album Kind Of Blue de Miles Davis sorti en 1959.

J’entends d’ici les critiques du style « le jazz, c’est chiant, je ne suis pas la vedette dans l’émission de Frédéric Lopez, je n’ai pas demandé rendez-vous en terre inconnue dans de nouvelles contrées musicales, je n’y connais rien, etc… ». N’en rajoutez pas, d’autres comme Zep l’ont très bien dit et dessiné (extrait de L’enfer des concerts). C’est vrai que, vu comme cela, le jazz, « c’est pas cool »

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Dépassez ces a-priori et laissez-vous guider à la découverte de l’album de jazz le plus vendu de l’histoire, sans doute à plus de 4 millions d’exemplaires.

Dès les premières secondes, tout est clair : dès les 1ers accords de So what, cette basse qui lance le morceau, la musique apparaît incroyablement simple en apparence, accessible, sur un tempo cool, jamais très rapide, suggérant de s’installer confortablement sur un canapé pour se laisser guider, happer par ce son si pur …

Sentez la douce caresse du soleil couchant allongé sur votre chaise longue, le regard embrassant un paysage de carte postale. Ou alors dans la pénombre, les yeux mi-clos, rêveurs… Écoutez les premières secondes de Blue in green, l’introduction au piano est à pleurer, relayée par le murmure de la trompette de Miles Davis.

Mais derrière cette apparente simplicité, cette évidence qui fait passer les morceaux pour de l’easy-listening ou de la musique d’ascenseur (pardon Miles..) se cache une révolution musicale.

Miles Davis introduit le jazz modal et dépasse le jazz bebop jusqu’alors très apprécié. Qu’est-ce que cela signifie ? Pour faire simple, cette nouvelle façon d’improviser est beaucoup plus libre, à partir de quelques indications de départ (3-4 accords maxi), dépassant la virtuosité de base du bebop pour privilégier l’improvisation pure. Sur cette base simple, le soliste crée une mélodie qu’il peut étirer  à loisir. Ce qui donne Kind of blues, un album pour lequel Miles Davis privilégia les premières prises lors des enregistrements. Et quand on entend ce que cela donne, cela laisse sans voix, ce qui tombe bien puisque qu’il n’y a pas de chanteur.

Ce miracle est possible par ce qui fait l’autre atout de cet album, son casting de musiciens : tous ceux qui ont participé à cet album aux côtés de Miles Davis ont créé leur propre groupe majeur dans l’histoire du jazz et de la musique en général, depuis John Coltrane au sax à Bill Evans au piano. Au delà, bien des musiciens de rock ont reconnu l’énorme influence qu’a eu cet album qui aurait même inspiré certains passage de l’album des Pink Floyd, The dark side of the moon, une galette écoulée à partir de 1973 à 50 millions d’exemplaires (une prochaine chronique ?).

Si donc, maintenant, vous n’avez pas compris ce qu’il faut écouter dans les prochains jours…..

H.D.

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Ce n’est pas toi que j’attendais

Le lundi, c’est lecture !

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Aujourd’hui, je laisse le soin de la présentation à l’auteur lui-même.

Comme le dit Fabien Toulmé, ce roman graphique raconte l’histoire d’une paternité. Déjà pas facile de devenir père, mais quand arrive un bébé pas comme les autres, c’est le grand chambardement.

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Il faut faire face à ses émotions (pas toujours avouables), au regard des autres, et s’apprivoiser peut prendre plus de temps qu’avec un autre enfant.

Et même s’il centre essentiellement le récit sur lui, il n’oublie pas de mettre en évidence ce que le reste de la famille subit.

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C’est avec beaucoup de pudeur et de délicatesse que Fabien Toulmé raconte son vécu de père d’une petite fille trisomique. Une histoire très touchante mais jamais larmoyante, écrite avec une grande sincérité et beaucoup d’autodérision.

Chaque court chapitre rend compte avec des couleurs différentes, des étapes du parcours qu’il a fallu à ce jeune père et sa petite fille pas comme les autres pour se rencontrer.

Le graphisme simple et clair donne encore plus de réalisme à cet album autobiographique non dénué d’humour.

Album disponible au CDI.

S.J.

Prince of Tears de Baxter Dury (2017)

Voilà des nouvelles de notre dandy anglais à la voix d’encre, Baxter Dury, qui nous a fait Baxter Dury - Prince of tearsle plaisir d’être confronté à une rupture amoureuse amère cet été, source de ce cinquième opus. Encore un chanteur qui utilise la musique comme exutoire aux chagrins d’amour me direz-vous un brin lassés… ce n’est pas faux mais tout ce qui fait l’intérêt de ce Prince of Tears c’est que Baxter Dury a sans conteste souffert mais refuse tout excès de pathos mélodramatique, préférant explorer les contrées tellement anglaises du sarcasme et de l’ironie. Le flegme amusé à l’anglaise ou le paravent de la douleur…

Nous retrouvons dans cet album les recettes habituelles du fils de Ian Dury ( musicien, auteur entre autres de la célèbre formule Sex, Drugs and Rock’n’Roll) à savoir cet accent cockney et ce talk-over (chanté-parlé) sorti des cavernes qui s’allie parfaitement avec les choeurs féminins menés par Madelaine Hart. Les ambiances instrumentales contrastent parfaitement et apportent un doux désenchantement, on se laisse agréablement toucher par les violons languissants.

Sur cet opus, vous risquez donc de succomber au groove sensuel du morceau d’ouverture MiamiBaxter Dury joue avec un plaisir non dissimulé le rôle d’une petite frappe arrogante et misogyne. La chanteuse Rose Elinor Dougall sur le morceau Porcelain viendra vous rappeler les ambiances trip-hop d’un Tricky lorsqu’il laissait le chant à sa muse Martina Topley-Bird. La pop désenchantée et les violons de Mungo, la mélodie de August, les cordes mélancoliques et le dépouillement du chant de Wanna, le refrain addictif du superbe morceau final Prince of Tears, voilà de bonnes raisons d’aller écouter ce très bon Prince of Tears à qui je pourrai simplement reprocher de ne durer que 30 minutes. Je me surprends presque à souhaiter, égoïstement, d’autres chagrins amoureux à Baxter Dury… et oui la musique peut nous rendre machiavéliques (jingle « rire satanique » à insérer ici).

Sylphe

Des frissons pour ce week-end

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On frissonne à la médiathèque de Saint-Jean-de-Braye jusqu’au 25 novembre avec une exposition sur le Fantastique au cinéma et dans la littérature. Une histoire du fantastique, du XIXe siècle à nos jours, les thèmes traditionnels qui se mettent en place avec les morts-vivants, le double, le diable, les vampires…

Pour prolonger cette exposition, quelques  lectures et adaptations cinématographique

  • La belle et la bêteMme Leprince de Beaumont (1757)

La belle et la bête – Cocteau (1946)

  • La légende de Sleepy HollowJohn Irving (1820)

Sleepy Hollow – Tim Burton (1999)

  • Le tour d’écrouHenry James (1898)

Les innocents  – Jack Clayton (1961) d’après Le Tour d’écrou

  • Rosemary’s baby – Ira Levin (1967)

Rosemary’s baby – Roman Polanski (1968)

  • Shinning, l’enfant lumière- Stephen King (1977)

    Shinning – Stanley Kubrick (1980)

  • Quelques minutes après minuit – Patrick Ness (2013)

Quelques minutes après minuit – Juan Antonio Bayona (2017)

Vous voulez encore vous faire quelques frayeurs cinématographiques ? Regardez

La féline – Jacques Tourneur (1942)

Dark water – Hideo Nakata (2003)

Le labyrinthe de Pan -Gullermo del Toro (2006)

Take shelter – Jeff Nichols (2012)

 

S.J.

 

Au revoir là-haut

Le lundi, c’est lecture !

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Difficile depuis quelques semaine de passer à côté du film d’Albert Dupontel adapté du roman de Pierre Lemaître.  Si vous avez déjà lu ce roman, courrez voir le film, c’est une merveilleuse adaptation. Si vous n’avez pas encore lu ce Goncourt 2013, vous avez de la chance, vous allez pouvoir vous laisser emporter dans l’après-guerre, aux côtés de trois personnages au destin particulier.

Il y a l’horrible Lieutenant Pradelle, arriviste, profiteur de guerre, prêt à tout pour faire fortune. Et il y a surtout Albert et Édouard, deux hommes qui ont échappé à la boucherie de la Grande Guerre. Enfin, quand je dis échappé, c’est à peine vrai pour Édouard qui se retrouve faire partie des nombreuses gueules cassées laissées pour compte de la guerre.

Ces trois personnages se verront tragiquement liés dès le début du roman, sur le champ de bataille, lors d’une scène incroyable qui laisse aussi des traces chez le lecteur.

Mais c’est bien les années de retour de la guerre qui intéressent Lemaître. Comment tous ces soldats esquintés physiquement et psychiquement vont-ils être accueillis ? Comment vont-ils retrouver leur place dans une société qui a vécu quatre ans sans eux ?

C’est à travers le retour et la vie d’Albert et Edouard qu’il va donner une réponse. Sa réponse.

Albert et Edouard, ses personnages hauts en couleur, vont monter une audacieuse arnaque autour des monuments aux morts, symboles d’un Etat qui préfère investir dans la glorification de ses morts plutôt que soutenir ses encombrants rescapés.

Mais il ne s’agit pas seulement d’un roman d’aventure. Dans Au revoir là-haut Pierre Lemaître dresse aussi un portrait féroce d’une époque, dénonçant une armée aveugle qui a sacrifié la jeunesse de son pays, un Etat qui tout aussi aveugle, a abandonné une partie de sa population à la misère sociale tout en se lançant dans une fureur commémorative absurde.

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S.J.

Mirapolis de Rone (2017)

Aujourd’hui je fais le choix de parler d’une véritable actualité musicale avec le quatrième Rone Mirapolisalbum d’Erwan Castex, alias Rone, qui vient de sortir ce 3 novembre. Actualité musicale qui a sa résonance locale car Rone passe à l’Astrolabe, à Orléans, ce vendredi!

Rone représente avec finesse depuis 2009 et son premier opus Spanish Breakfast la musique électronique française qui sait s’exporter à l’étranger. Pas n’importe quelle musique électronique mais bien, à l’image de son créateur, cette musique toute en humilité propice à la rêverie . Rone ou le continuateur du duo Air

La pochette très colorée créée par le génialissime cinéaste Michel Gondry donne déjà quelques pistes sur un univers urbain assez psychédélique qui hypnotiserait Rone. Le titre qui peut évoquer le Metropolis de Fritz Lang est en réalité un souvenir personnel, Mirapolis étant un parc d’attractions devant lequel Erwann Castex passait souvent étant enfant mais dans lequel il n’a jamais mis les pieds. Rone nous propose donc la BO assez mélancolique de ce parc d’attractions. Une BO où Rone a choisi, pour la première fois, de s’entourer de compères talentueux ( Saul Williams, le batteur de Battles John Stanier, le guitariste de The National Bryce Dessner, le dandy Baxter Dury, la chanteuse israélienne Noga Erez…) afin d’explorer des univers assez disparates, tout en ayant le génie de garder une certaine homogénéité à l’ensemble.

On retrouve les ambiances éthérées et contemplatives auxquelles nous a habitué Rone dans les titres où il est seul: I, Philip est une ouverture tout en délicatesse, Spank un bijou épuré. Le titre éponyme, véritable odyssée électronique, est un penchant dansant qui rappelle que la musique de Rone s’adresse tout autant au corps qu’à l’esprit.

Les collaborations de cet album sont pour la plupart brillantes et enrichissent l’univers de Rone. Les deux morceaux portés par le timbre grave de Saul Williams, Faster et Everything, sont de superbes écrins pour la mélancolie du rappeur américain. L’alliance entre le piano et l’accent languissant de Baxter Dury sur Switches obtient un résultat tout aussi séduisant. Et que dire du sommet Brest où la batterie âpre de John Stanier se marie à merveille avec les cordes pour donner à ce morceau un vrai pouvoir cinétique?

Allez, je m’arrête… Ce serait faire injure à vos qualités de lecteur que de vous dire ce que je pense de cet album, en tout cas j’ai hâte d’être à demain soir!

Sylphe

Des sorties à réserver

Quelques idées de sorties, mais pour lesquelles il faut penser à réserver.

Théâtre

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La double inconstance de Marivaux. Mise en scène René Loyon au théâtre municipal de Fontainebleau  – vendredi 17 novembre à 20h30 – Détails et réservation ici.

Musique

  • L’Astrolabe se transporte au théâtre Gérard Philipe à Orléans pour un spectacle jeunesse loufoque fait de chansons, vidéos et comédie.

Euraoundzeweurld , le samedi 18h novembre à 16h.

  • Le Blues de Billie Holiday –  Saint-Jean-de-Braye19 novembre 20h –  Nicolle Rochelle, chanteuse, danseuse et aussi comédienne, incarne Billie Holiday. Elle raconte sa vie, chante ses succès. Elle sera accompagnée par un orchestre de 11 musiciens : le Swiss Yerba Buena Creole Rice Jazz Band. Réservation ici.

23 novembre 20h – Myles Sanko

24 novembre 20h – The Coco Mamas (Gospel)

25 novembre 20h – Mélanie De Biasio

Laurent de Wilde et Ray Lema

Cirque

Slava’s snowshow – Scène nationale – Orléans – du 22 au 26 novembre – S’il reste des places, courrez voir ce spectacle magnifique. Vous allez rire, être ému, émerveillé et vous ne souhaiterez qu’une chose, rester encore un peu dans l’univers de Slava.  Renseignements et réservation ici.

Conférence

Vermeer, le poète du réel par Serge Legat, conférencier des musées nationaux – 27 novembre 18h- théâtre du Donjon.

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Le Verre de vin
Vermeer Johannes (1632-1675)

S.J.

La reine des lectrices

Le lundi, c’est lecture !

La-Reine-des-lectices-copie-1La Reine des lectrices – Alan Bennett

Saviez-vous, que le bibliobus passait à Buckingham Palace, comme dans n’importe quelle petite ville de province    ?

Ce sont les chiens (les fameux corgis), lâchés dans les jardins du palais, la Reine à leur suite, qui lui font découvrir le bibliobus dans une cours intérieure où bien sûr elle n’avait jamais mis ses royaux pieds. Un peu mal à l’aise devant cette situation imprévue, et plus par correction que par envie – parce qu’elle est super bien élevée – elle prend le premier livre à sa portée et …c’est le début d’une longue liste d’emprunts.

La Reine commence alors une nouvelle vie de lectrice apparemment difficilement conciliable avec sa fonction, le protocole et son emploi du temps très chargé.

Ses proches ne voient aucun inconvénient à cette nouvelle activité, au contraire, la Reine leur semble plus ouverte, cherchant à discuter et à échanger. Mais il en est bien autrement du Premier Ministre et des autres responsables de la politique du pays. Depuis qu’elle passe son temps dans les livres, la Reine néglige ses devoirs. 

Tout au long du roman on assiste à une véritable métamorphose d’Elisabeth. Après un certain temps, lire ne lui suffit plus, elle prend des notes, commence à écrire. Et la métamorphose continue jusqu’au final qui laisse un grand sourire sur les lèvres.

Ce roman est un vrai bonheur. La situation incongrue ne cesse d’étonner et les péripéties sont jubilatoires. Pas de lèse-majesté ici, rien qu’une réflexion sympathique sur la lecture qui m’a fait prendre conscience que l’acte de lire pouvait mettre un royaume en péril, mais aussi que j’avais des points communs avec sa Majesté et que j’aurais bien envie de lui proposer d’ouvrir son blog pour que nous puissions échanger sur nos lectures.

S.J.

Que faire ce week-end ?

  • Musique

Les concerts de poche présentent : Debussy, Fauré, fantaisie sur Carme, Godard… Dimanche 12 novembre à 17h à la salle des fêtes de Vimory. Détails ici  et ici .

Nosfell en concert le 11 novembre au Rack’am à Brétigny-sur-Orge. Tous les détails ici.

  • Art contemporain à Chambord

Derniers jours pour découvrir l’exposition Georges Pompidou et l’art – Une aventure du regard -jusqu’au 19 novembre.Pompidou20x30cm_300dpi-1024x1536

A l’occasion des 40 ans du  Centre Pompidou, Chambord présente « une exposition    consacrée à la figure qui lie étroitement Chambord et le Centre Pompidou, à savoir Georges Pompidou lui-même, qui fut à l’origine de la création du Centre et vint à maintes reprises dans un château qui conjuguait son amour de l’architecture et sa pratique de la chasse. Ce n’est cependant pas à la figure historique ou politique que s’attachera l’exposition, mais à son engagement pour l’art de son temps ».

« Reprenant les choix opérés par l’ancien Président de la République, l’exposition rassemble les artistes présents dans sa collection ou mis à l’honneur dans les lieux de pouvoir, selon un véritable précipité de trois décennies de peinture française. Elle montre la pertinence, et parfois l’audace, de l’œil de Pompidou, dont la diversité et la liberté sont d’autant plus manifestes aujourd’hui. Ce sont ainsi plus de 90 œuvres (tableaux, dessins, sculptures), dont le fameux salon Paulin de l’Elysée, qui sont montrées sous les voûtes à caissons de Chambord. Tirées des collections du Centre Pompidou et de prêteurs privés, dont celle d’Alain Pompidou, ces pièces très rarement vues forment un ensemble exceptionnel, faisant de cette exposition la plus importante jamais réalisée à Chambord ». (source : Domaine de Chambord)

S.J.