Que faire pendant les vacances ?

Les vacances arrivent à grands pas et si vous avez peur de vous ennuyer, voici quelques idées.

  •  Aï Khanoum, une cité grecque en Afghanistan et les maximes delphiques à l’Expo, rue de la couronne à Pithiviers jusqu’au 24 novembre.

Pithiviers

  • Festival Livre O Coeur : premier salon du livre les 20 et 21 octobre, à la serre du jardin des plantes à Orléans. Rencontres avec de nombreux écrivains, éditeurs, artisans du livres. Des expositions, ateliers d’écriture…Vous pourrez aussi participer à l’élection du prix de la couverture de livre. Tout le programme ici.

livreocoeur

  • Spectacle étonnant à la médiathèque d’Orléans le 27 octobre à 15h et à 17h (gratuit).

Capuche de Victoria Belen Martinez . Solo de cirque, danse et marionnette, Capuche explore cette étrange envie, parfois, de disparaître. Non comme un tour de magie, mais plutôt comme une manière de se cacher, de ne pas montrer ses vraies envies, ses mouvements et sa peau, pour paraître, devenir un vêtement fantôme, une image sociale, un corps mouvant : être à l’abri du regard des autres pour pouvoir être soi et inventer un autre monstre, plus expressif, plus lyrique, plus grotesque. (source : CDNO)

Pour vous donner une idée du spectacle :

Si vous avez l’occasion d’aller à Paris, vous pouvez aller voir une exposition photos de Willy Ronis et une exposition du grand peintre Zao Wou Ki dont je vous ai déjà parlé il y a quelque temps ici. Et plus léger, pour les petits et les grands, à voir en famille ou seul en mode nostalgie, des expositions sur Peyo, le créateur des Schtroumpfs, et une autre sur les

À partir de 1985, l’artiste se plonge dans son fonds photographique et sélectionne ce qu’il considère être l’essentiel de son travail. La série de six albums, qui constituent ainsi son testament photographique, est au cœur de cette exposition. Les photos de Willy Ronis dressent un portrait à la fois intimiste et profond de la société et de l’époque d’alors. Elles permettent ainsi d’observer, de comprendre et d’apprécier les gens dans leur vie quotidienne. Des albums, ainsi qu’une série de films et de vidéos réalisés par l’artiste, complètent un parcours riche de près de 200 photos réalisées entre 1926 et 2001. (source : Mairie 20ème)

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  • Peyo– jusqu’au 28 octobre au Centre Wallonie-Bruxelles

A travers une riche sélection de documents rares, de planches originales jamais exposées et de textes inédits, l’EXPO Peyo, se propose de retracer le parcours artistique d’un artiste indispensable du 9ème art. Une exposition à ne schtroumpfer sous aucun prétexte ! (source : Centre Wallonie-Bruxelles)

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  • Les Monsieur Madame au musée en herbe- jusqu’au 20 janvier au Musée en herbe. Une exposition-jeu destinée aux petits comme aux grands. Vingt artistes reconnus les accompagnent dans ce parcours atypique et coloré.  Le Musée en Herbe a donné carte blanche à plusieurs artistes contemporains de renom, qui envahissent le Musée et nous font découvrir leur réinterprétation des Monsieur Madame, qu’ils ont intégré dans leurs propres univers ! (source : Musée en herbe)
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Un petit aperçu :

Bonnes vacances à tous ! 

On se retrouve à la rentrée.

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Silence, on irradie

Le lundi, c’est lecture ! 

silence on irradieSilence, on irradie – Christophe Léon

C’est un court roman, une centaine de pages seulement, qui ne laisse pas indifférent.

Une première partie nous amène à rencontrer Sven, un jeune garçon qui vit dans un village qu’on pourrait situer quelque part à l’est de l’Oural. Ce village semble isolé de tout et les habitants travaillent tous à la centrale nucléaire. Nombre d’entre eux  souffrent de maux étranges : Sven a perdu tous ses cheveux,  sa mère perd ses dents et  la peau de son père est couverte de taches brunes.

Alors qu’il a 14 ans, Sven va régulièrement se baigner dans les eaux toujours chaudes d’un lac artificiel même si cela lui est formellement interdit. C’est lors d’une de ses escapades qu’une explosion souffle entièrement le village et ses habitants. Sven, sa petite sœur Siloé , et un attardé mental, Grégoras,  échappent par miracle à l’accident. Instinctivement, Sven refuse de se montrer quand les chars et les hommes en combinaisons blanches arrivent sur les lieux du désastre.

Au fil des pages nous accompagnons les trois jeunes dans leurs journées à la recherche de survivants, de nourriture et d’eau. A ce trio s’ajoute un jeune médecin dermatologue qui a bravé l’interdit de la zone de la catastrophe pour aller au secours d’une jeune institutrice qu’il a aperçue quelques jours avant.  Au fur et à mesure que l’espoir diminue, le rythme s’accélère et le récit se focalise tour à tour sur l’un de ces compagnons d’infortune.

La tentative désespérée de Sven pour sauver sa petite sœur  m’a fortement évoqué  Le Tombeau des lucioles de Akiyuki Nosaka, tout comme la fin ouverte, même si elle ne laisse aucun espoir, m’a ramenée à une lecture magnifique et qui me hante encore, celle de La Route de Cormac McCarthy, roman adapté au cinéma par Joe Penhall.

Loin d’être dénué d’une certaine forme de poésie, ce texte difficile et poignant est aussi militant bien sûr (difficile de ne pas penser à Tchernobyl et Fukushima). La littérature jeunesse peut aussi servir à cela.

S.J.

Pour ce week-end

Revoilà le week-end et quelques idées pour vous.

  • A Montargis, un spectacle à ne pas rater les 12 et 13 octobre (réservation ici) :

Pellerin

Fred Pellerin et son Village en 3 dés. Un conteur québecois, un zébulon poète qui raconte les histoires de Saint-Elie-de-Caxton, son petit village. Il nous fait entrer dans un univers tendre, fou, joyeux, qu’il construit au fur et à mesure en prenant autant de plaisir que les spectateurs à ses trouvailles langagières. Il métaphorise à tour de bras. Il prend du vrai pour en faire du faux qui sonne plus vrai que le vrai. Le Saint-Elie-de-Caxton qu’il nous fait visiter,  c’est un peu Magasin général de Loisel, la folie en plus.

LoiselPour vous faire un idée de qui est Fred Pellerin.

 

  • A Ferrières-en-Gâtinais, jusqu’au 4 novembre,  L’antre aux images, une exposition originale et interactive sur les possibilités plastiques de l’animation, réalisée par le collectif Barybal, composé de réalisateurs plasticiens professionnels. Sculpture en céramique, marionnettes, impressions sur calques, pellicules grattées… sont à découvrir. Les divers médiums utilisés pour la réalisation des films d’animation vous plongeront dans des univers imaginatifs et sensoriels. (source : Office de tourisme de Ferrières)

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  • A Malesherbes, l’Atelier-musée de l’imprimerie, le plus grand musée de l’imprimerie en Europe, vient d’ouvrir ses portes. Il retrace l’histoire de l’imprimerie, du livre, de la presse, de l’écriture, du papier, des arts graphiques… presque six siècles après Gutenberg et présente une collection unique de machines. (source : L’AMI)

S.J.

Les vingt-cinq vies de Sandra Bullot

Le lundi, c’est lecture !

sandra bullotLes vingt-cinq vies de Sandra Bullot – Colas Gutman

Sandra Bullot est en seconde K, elle a 16 ans et on pourrait dire qu’elle est une adolescente comme les autres. Enfin presque.

Son père est au chômage et passe son temps à manger des chips. Sa mère est actrice, ou elle le croit. Son petit frère s’appelle Ao (« A pour la première lettre de l’alphabet, O pour son groupe sanguin, en cas d’accident ce sera plus simple »), ben oui, c’est une famille qui cultive l’originalité !

Sandra traîne son adolescence entre le lycée où elle ne brille pas, et ses « amies » : Désirée Rathanavana, une tête ! et Irène Lara, ou Lara Irène, personne ne sait et d’ailleurs tout le monde s’en fiche !

Et puis un jour, elle reçoit un mail d’un dénommé « endive au jambon » avec en pièce jointe, une photo de son meilleur profil : son pied droit ! Qui est ce secret admirateur ? Sandra le connait forcément mais lequel de ces idiots de garçons du lycée peut-il bien être ?

Dans ce roman tonique et souvent hilarant, l’auteur fait un portrait décapant d’une jeune fille qui ne s’aime pas beaucoup et qui traîne son adolescence de vie en vie qu’elle s’invente. Elle passe de la vie de caniche royal à celle de fourmi neurasthénique, ou de pigeon émotif mais faux-cul. Vingt-cinq vies en tout, c’est ce qu’il lui faudra pour arriver à devenir tout simplement Sandra Bullot.

Colas Gutman donne à entendre une langue très imagée, bourrée d’inventions, et toujours très drôle. Son observation des ados est juste et si la vie de Sandra Bullot est légèrement exagérée (!), elle n’est quand même pas si loin de la réalité. Un très, très bon moment de lecture.

S.J.

Vous faites quoi ce week-end ?

Quelques idées encore, pour occuper un week-end d’automne :aller-voir-ailleurs-claire-feuillet

  • La Galerie du Château de l’étang de Saran propose une exposition (peintures et installations) de Claire Feuillet,  Aller voir ailleurs, du 5 au 28 octobre 2018

« Aller voir ailleurs n’est pas une injonction à la mobilité géographique, mais une proposition d’évasion. Le voyage est une création. Agrandir l’espace par l’imaginaire, un imaginaire extensible qui n’est jamais excessif, qui n’est jamais possession. L’horizon est partout, partout il y a quelque chose.
La carte se déplie, se déroule, se pose ou s’accroche et se transmet. Elle comporte des codes : lignes, couleurs et signes, mais elle a aussi des secrets.». (source : Ville de Saran)
Pour en savoir plus sur Claire Feuillet c’est ici.

  • De la musique avec le Festival de Travers

L’association orléanaise Abcd présente le Festival de Travers les 6 et 7 octobre 2018, place St Aignan à Orléans. Du samedi 16h au dimanche 20h, concerts, spectacles et animations seront proposés à tous les publics (gratuit). Tout le programme ici.

Travers

  • Du 6 au 14 octobre c’est la Fête de la Science.

Le programme dans le Loiret ici.  Le programme partout ailleurs ici.

fête de la science

  • A prévoir pour la semaine d’après : Les Rendez-vous de l’Histoire, à Blois du 10 au 14 octobre. Thème 2018 :  La puissance des images. Nombreuses conférences, tables rondes, rencontres, films….Tout le très riche programme ic

S.J

Jimi Hendrix

Jimy HendrixJimi Hendrix, Electric Ladyland, 1968

Ça y est, c’est reparti pour une nouvelle saison des disques du placard avec, au programme comme toujours, la chronique d’albums plus ou moins anciens, plus au moins connus aussi, mais toujours marquants. En réfléchissant à l’album à chroniquer, force m’a été de constater que je n’avais jamais abordé le cas hendrixien. Fatale erreur ! Ô rage ! ô désespoir ! ô vieillesse ennemie ! N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ? (du Corneille dans le texte !). Bref, il est grand temps de réparer cet oubli. Une fois le choix fait, un autre dilemme apparaît : quel album ? L’avantage avec Hendrix, c’est que sa discographie « officielle et de son vivant » est réduite : 3 albums studio dont Are you Experienced avec le mythique Hey Joe, le tout publié dans un temps court, dans une trajectoire météorique entre 1966 et 1970, interrompue par sa mort à 27 ans en 1970. (Ah, le fameux « club » des 27). S’ajoutent à cela quelques raretés peu dispos aujourd’hui comme le fabuleux In the west jamais réédité (sa reprise de Sergent Pepper des Beatles vaut à elle seul le détour.

in the west

J’entends d’ici les grincheux ergotant sur le fait qu’il est mort en pleine gloire à cet âge, que c’est cela qui lui donne de l’importance. Je veux bien ; en même temps, la disparition de Claude François au sommet de sa carrière ne me fait pas le même effet…. « Alexandrie, Alexandra, Alexandrie où l’amour danse au fond des bras. Ce soir j’ai de la fièvre et toi, tu meurs de froid »….

Pour revenir à Hendrix, pour comprendre son impact, revenons sur Electric Ladyland, l’album sur lequel il s’est le plus impliqué. A l’écoute, ce qui marque tout de suite, c’est la richesse sonore, et pas seulement de la guitare. Hendrix, en avance sur son époque, crée un son d’une grande profondeur, ajoutant des bruitages, des effets multiples d’écho, de reverb pour sa guitare qui différencient fondamentalement cet album de ses deux précédents, lui donnant une cohérence, une continuité et dépassant la simple liste de titres. Si cela pouvait encore se sentir sur le 1er disque de l’album, avec l’alternance de morceaux parfois disparates (quelle comparaison entre le blues cosmique Voodoo Chile de 15 mn et le titre suivant Little Miss Strange à la percussion plus carrée), Hendrix, avide d’explorer de nouvelles terres musicales, propose dans une deuxième partie un enchaînement ouvert par Rainy day dream away, continue avec en 1983 A merman I should turn to be Jimi Hendrix et  qui se clôture par Still raining, still dreaming : une guitare qui n’a jamais autant plané, un guitariste qui n’a jamais autant varié les effets profitant d’un studio 16 pistes pour faire l’album dont il a toujours rêvé. L’influence de l’espace, du cosmos se sent dans un choix de production clairement planant, en tout cas aérien.
Et enfin, surtout, il y a les deux derniers titres : d’abord Along the Watchtower, une reprise de Bob Dylan qui fait complètement oublié la version originale

Comparez l’originale

 

et la reprise

 

Il n’y a pas photo.

Enfin, last but not least, la reprise de Voodoo Chile. D’un blues aérien, étiré, propre à illustrer sa virtuosité et ses racines, Hendrix fait tout autre chose, un truc énergique et lascif à la fois, qui emporte tout sur son passage.

Au final, un album qui pose les bases d’un son nouveau, mais un album qui marque aussi la fin du Jimi Hendrix Experience : lassés que le guitariste exerce un contrôle total en studio, reprenant même certaines parties de basse qu’il estime mal jouées, ses 2 acolytes, Mitch Mitchell et Noel Redding,  quittent le groupe quelques semaines plus tard.

H.D.

Le cas Eduard Einstein

eisnteinLe cas Eduard Einstein – Laurent Seksik

Que sait-on d’Albert Einstein si ce n’est qu’il était un génie, un cerveau inégalé ? Pour ceux qui comme moi n’ont jamais rien compris à la physique et très peu aux mathématiques, ce bon vieil Albert se résume à une équation (E=MC2) et à un poster où il semble un joyeux luron, langue tirée et œil pétillant.

Je ne savais rien de l’homme, de sa famille, de son quotidien, l’imaginant vivant dans un labo, la craie à la main devant un tableau noir. En fait Einstein était marié et père de deux enfants.

Laurent Seksik dresse le portrait de cette famille entre les années 30 et les années 60. L’histoire des Einstein accompagne la grande Histoire et on traverse avec eux l’arrivée d’Hitler au pouvoir, la fuite d’Albert aux Etats-Unis, le maccarthysme. Ce qui intéresse Seksik, ce n’est pas seulement le savant, mais surtout l’homme. Il va alternativement mettre en avant Mileva, Albert et leur fils Eduard, à qui il donnera la parole à la première personne.

C’est Eduard le personnage principal, celui que la schizophrénie va détruire lentement, celui qui cherchera l’amour de ce père qui l’a abandonné, et le haïra en même temps de toutes ses forces. En creux, Seksik donne un portrait bien peu flatteur du grand Einstein. Mais on comprend (sans forcément pardonner) que cet homme à qui aucun problème scientifique ne résiste, est en fait désemparé face à la maladie de son fils.

Les passages sur la maladie, les traitements de l’époque (isolement, électrochocs), les errements d’Eduard, jeune homme intelligent qui aurait voulu être psychanalyste (quelle ironie !), sont à la fois terribles et beaux, et très touchants. Un roman dont l’écriture est fluide et agréable et l’alternance des points de vue donne du rythme au récit.

S.J.

Des idées pour le week-end et après

écrivains chambord

  • Pour ce dernier week-end de septembre vous pouvez aller visiter Chambord, profiter des couleurs et des odeurs d’automne dans la forêt et vous promener dans la forêt mais aussi assister à une rencontre avec des écrivains. Joy Sorman, Julia Deck, Pierre Jourde et Eric Chevillard seront  présents le dimanche 30 septembre.

Rencontres gratuites, sur réservation (possibilité de n’assister qu’à une seule des deux). Informations et réservation à culture@chambord.org / 02 54 50 40 23

  • Envie de jardins ? Vous pouvez visiter les Jardins secrets d’automne des jardiniers en Essonne samedi 29 et dimanche 30 septembre. Tout le programme ici.

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  • Vous aimez le cinéma ? Retenez aussi le jeudi 4 octobre. Pithiviers fait son cinéma avec la projection de Visages villages d’Agnès Varda et JR.

S.J.

La couronne verte

Le lundi, c’est lecture ! 

couronne verteLa Couronne verte – Laura Kasischke

C’est une tradition, les lycéens partent s’éclater au soleil en attendant les résultats des examens de fin d’année. Leurs parents mettent en garde leur progéniture econtre les excès de soleil, d’alcool, les dérives de consommation de produits de toute sorte et surtout les mauvaises rencontres. Anne et Michelle, qui se connaissent depuis la crèche, ne font pas exception. Leurs mères respectives leur rebattent les oreilles des dangers potentiels tout en leur suggérant de faire quand même un peu de tourisme et de visiter la pyramide de Chichtèn Itzà, témoin de rites Mayas envers le dieu Quetzalcoatl. Pas de problème, Anne et Michelle sont deux adolescentes raisonnables.

On pourrait croire qu’on va lire un énième roman sur la jeunesse américaine écervelée, à la recherche de soit-disant sensations, et de jeunes filles en quête de leur première relation sexuelle. On est bien loin de là.

Dès le départ l’auteur annonce qu’il y a eu un drame. Ce drame, le lecteur n’en aura connaissance qu’à la fin du roman, et ce sera un choc !

Ces jeunes filles si raisonnables vont malgré tout assez rapidement se laisser entraîner au temple de Chichtèn Itzà par un parfait inconnu rencontré au bar de l’hôtel. Au moment d’escalader la pyramide, Anne refuse d’aller plus loin et laisse son amie partir avec l’inconnu. Son angoisse monte alors que le temps passe et qu’elle ne les voit pas revenir. Son imagination lui fait penser au pire, celle du lecteur fait de même.

Laura Kasischke maîtrise parfaitement le suspense en menant le lecteur ailleurs avant que le drame n’éclate. C’est tout l’avant du drame qui est intéressant, tout comme l’état d’adolescence parfaitement analysé.

Il y a beaucoup de sensualité dans ce récit, que ce soit dans la description de la nature ou des corps. Une des plus belles scènes où l’auteur sait parfaitement faire émerger les sensations se passe dans la pyramide, dans le noir total. Michelle y voit, entend et sent tant de choses qu’elles prennent presque vie sous nos yeux. Cette scène est également très anxiogène. Elle précède le drame qui ne sera encore une fois pas là où on l’attend.

Un roman à lire pour sa construction – l’auteur nous plonge dans la tête des protagonistes, pas d’explications, pas de pathos – , et pour l’écriture maîtrisée et poétique. Un beau roman d’apprentissage.

S.J.

Clip du jour: If You Really Love Nothing d’Interpol (2018)

Au début des années 2000, les critiques musicaux ont constaté un véritable renouveau du rock, porté par des groupes jeunes ayant pour certains connu un succès d’estime considérable. Au milieu de The Strokes, Kasabian, Bloc Party, The Killers ou encore Franz Ferdinand, Interpol a su s’imposer dans une veine plus post-punk.  Hier est sorti leur cinquième album Marauder toujours signé sur le label Matador Records, ainsi que le clip du morceau If You Really Love Nothing. Le morceau percutant se situe dans la lignée des albums précédents et s’avère brillamment illustré par un clip réalisé par Halla Matar. Ce clip tout en noir et rouge -clin d’oeil aux premières pochettes du groupe- est porté par Kristen Stewart qui incarne avec brio une jeune femme hédoniste qui prend avec légèreté le monde qui l’entoure. Les mouvements de caméra rapides et le goût prononcé pour les plans-séquence épousent avec merveille l’impossibilité de la jeune femme à se poser, guidée qu’elle est par son envie de ne pas respecter les codes. Une surenchère perpétuelle qui laisse le spectateur tout aussi conquis que médusé, à l’image du jeune homme du début. Voilà finalement en Kristen Stewart une belle métaphore du groupe (n’oublions pas qu’elle sort du coffre du taxi amenant Interpol) qui se vante de ne rien respecter, sauf nos oreilles pleines de gratitude de ce morceau.

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