13 Reasons Why

A l’occasion de la sortie de la saison 2 de la série américaine « 13 Reasons Why », un petit article s’imposait !

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La saison 1 de la série retraçait l’histoire d’Hannah Baker, lycéenne à Liberty high School, victime de harcèlement scolaire et qui a décidé de se suicider. Mais avant de commettre l’irréparable, elle enregistre 13 cassettes audio dans lesquelles elle détaille les personnes et les 13 raisons qui l’ont menée au suicide. On commence la saison 1 avec Clay, un de ses amis au lycée, qui reçoit la boîte de cassettes. En effet, après avoir écouté les 13 cassettes, chaque personne citée doit les passer à la personne suivante dans l’ordre des cassettes. Chaque épisode est donc focalisé sur un personnage au fur et à mesure que Clay écoute les cassettes.

Au delà d’être une « teen-serie », « 13 Reasons Why » a le mérite d’aborder un sujet dont on parle peu dans le monde des séries : le harcèlement scolaire. La première saison mettait en lumière un certain nombre d’éléments pour comprendre ce qu’est le harcèlement scolaire et comment le combattre.

D’abord, chaque personnage ne comprend pas pourquoi il se retrouve dans ces cassettes. Chaque événement ne semble pas avoir une importance telle qu’il pousse au suicide. Et pourtant, on comprend que c’est l’enchaînement et la récurrence qui entraîne Hannah à ne plus savoir comment se sortir de ces histoires. La série permet ici de comprendre qu’aucun acte ne doit être minimisé, qu’il ne s’agit pas uniquement de blagues entre adolescents. Ces blagues récurrentes, visant à humilier, peuvent détruire. Il est important de sensibiliser en amont pour ne banaliser aucun comportement. L’école de Hannah et Clay a laissé faire trop de choses, trop de comportements sont banalisés ou étouffés. On se rend compte qu’Hannah n’est pas la seule à avoir souffert : tous les personnages de la première saison ont, à un moment, été victime de pressions d’une façon ou d’une autre, et pour se protéger intensifient les attaques contre Hannah.

Ensuite, elle montre très bien les mécanismes récurrents du harcèlement (scolaire ou pas d’ailleurs) : les élèves populaires du lycée passent leurs journées à se moquer de tel ou tel élève, avec une cour de « toutous » autour d’eux, toujours près à rire, mais surtout toujours près à couvrir les leaders et faire les sales coups à leur place.

Ensuite, il montre bien les réactions des personnes qui gravitent autour d’Hannah, et la volonté pour eux de ne surtout pas faire de vagues. En effet, on remarque souvent en situation de harcèlement scolaire que les personnes liées de près ou de loin à l’histoire essaient de faire en sorte que rien ne soit su. Surtout, on se rend compte que l’école fait en sorte que rien ne sorte car il en va de sa réputation : les élèves populaires sont les joueurs de base-ball, et on sait l’importance des équipes de sport dans les écoles américaines.

La saison 2 s’ouvre avec le procès intenté par la mère d’Hannah à Liberty High School, qu’elle tient pour responsable du suicide de sa fille. Elle cherche à montrer que l’école savait (et sait toujours) ce qu’il se passe, et ne fait rien, le but étant de protéger les élèves populaires pour les raisons évoquées juste au dessus. Chaque épisode se concentre sur le témoignage à la barre d’un des protagonistes de la saison 1. Cette deuxième saison met encore plus l’accent sur le silence pesant, et les pressions exercées sur les témoins pour en dire le moins possible, et protéger les deux ou trois coupables.

La série fait l’objet de critiques bien-sûr. En fait, les critiques qu’elle déclenche correspondent à tout ce qu’elle cherche à montrer : on reproche à la série de trop mettre l’accent sur ce qui se résume à de la blague, de la taquinerie entre ados, de trop en faire. On lui reproche aussi de faire l’apologie du suicide, là où au contraire elle cherche à le prévenir en montrant les ravages du harcèlement scolaire. Selon moi, ces critiques montrent que la série atteint son objectif : déranger avec un sujet que l’on préfère taire habituellement.

Cette saison, la production de la série a aussi créé un site,  sur lequel on peut trouver des ressources, des sites d’info, des numéros à appeler, et ce dans beaucoup de pays : il suffit de sélectionner son pays pour avoir accès aux ressources adéquates. La production montre ici que la série ne saurait être qu’un divertissement, mais bien un acte militant pour éveiller les consciences.

SF

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Oh boy !

  Le lundi, c’est lecture !

Je suis sûre que beaucoup d’entre vous n’ont toujours pas lu ce superbe roman qui donne à rire et à pleurer.

oh boyOh, Boy ! – Marie-Aude Murail

Siméon (14 ans), Morgane (8 ans) et Venise (5 ans)  n’ont vraiment pas de chance. Leur père a disparu dans la nature et leur mère vient de se suicider en avalant du « canard vécé ». Les services sociaux se penchent sur leur cas, mais il n’est pas facile de caser une fratrie.

Les jeunes Morlevent ont pourtant fait un « jurement », celui de ne jamais être séparés. C’est Siméon  –  surdoué, il est en terminale à 14 ans – qui suggère une solution à la juge et à l’assistante sociale. Il se souvient que son père a eu d’autres enfants avant eux, qu’il a aussi abandonnés. Ces enfants sont maintenant adultes, il n’y a qu’a leur demander de devenir tuteurs, voire même qu’ils les prennent en charge.

La juge retrouve effectivement les deux autres Morlevent, mais l’affaire n’est pas si simple. Il y a Josiane Morlevent, ophtalmologue en mal d’enfant, mais qui ne veut que la plus jolie. Et y a Barthélémy Morlevent, 26 ans. C’est un glandeur de première, instable, égoïste mais surtout très  « pédésexuel » et qui n’a donc a priori pas vraiment les atouts pour devenir un tuteur responsable. D’ailleurs, il ne veut pas le devenir ! Tout ce qui de près ou de loin ressemble à un problème ou une attitude adulte…il fuit. Mais on ne refuse pas une convocation chez une juge, qui voulant le tester, lui impose les enfants les samedis. Le reste du temps, les jeunes Morlevent vivent dans un foyer en attendant la décision de justice. Les trois jeunes semblent sauvés, mais finalement…non.

Le roman pourrait glisser vers le sordide, mais c’est sans compter avec le talent et la délicatesse de Marie-Aude Murail. Elle aime ses personnages, elle ne les maltraite jamais vraiment, même quand elle les fait passer par des épreuves aussi douloureuses. Et il va devoir en affronter le pauvre Siméon ! Heureusement il y a Barthélémy. L’incroyable, l’unique Bart !

Si au début l’auteur met en jeu l’avenir de ces trois enfants, au fond, c’est plutôt de Bart qu’il s’agit. Les enfants sont là pour l’aider à grandir, à assumer ses responsabilités, à sortir de sa bulle et enfin aller vers les autres. C’est bien grâce à ce personnage, ses répliques cinglantes et si drôles, ses bourdes, ses hésitations, ses retours en enfance lorsqu’il joue aux Barbies avec Venise, que le récit est supportable. C’est bien grâce à lui qu’au cours de cette lecture les larmes se transformaient toujours rapidement en sourire.

Tout est si juste dans ce roman. Jamais Marie-Aude Murail ne sombre dans le sentimentalisme. Elle ne donne pas non plus dans le « happy end », elle propose simplement à ses personnages un petit arrangement humain, donc loin d’être parfait, avec la vie et l’avenir.

A lire absolument !

S.J.

Des festivals, encore !

Avec les beaux jours (ou presque), les festivals fleurissent… Voici quelques dates à retenir…et des réservations à faire…

Loiret

  •  Fay’Stival, Festival de théâtre du 16 au 20 mai – Fay-aux-Loges .

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Pour sa 1ère édition, ce festival de théâtre professionnel accueillera notamment Christian Schiaretti, directeur du Théâtre national populaire et également Robin Renucci acteur et réalisateur français.

Au programme :
Scène natale (avec R. Renuc­ci, C. Schiaretti, R. Cantarella, J.-C. Penchenat) /  Carnaval des animaux (par la Cie Clin d’oeil) /  Quatrième Mur (par la Cie des Asphodèles) d’après le roman de Sorj Chalandon / – L’étranger (d’après l’œuvre de Camus avec B. Ziziemsky) /  FTT (danse hip-hop, par la Cie Xpress) /  Jeu des 7 familles du théâtre (par la Cie Clin d’œil) /  Brainstorming : quand l’entreprise s’emballe (par Brainstor­ming Cie).

Infos et réservations : http://www.faystival.fr / 02 38 59 57 11

  •  Elefent, Folk, blues actuel – samedi 19 mai 15h – Médiathèque de Saint-Jean-de-Braye –. Dans le cadre de Braye Zik U.

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Du blues au chant traditionnel, Elefent puise son inspiration dans le folklore et la spiritualité des Amériques, qu’il mêle aux sonorités du monde industrialisé.  Un concert intimiste avec Olivier, sa guitare Weissenborn (guitare hawaiienne) et son cajón (instrument péruvien).

Infos et réservations : gratuit (sur réservation) : ww.mediatheque.saintjeandebraye.fr / 02 38 52 40 80

  • Festival de musique de Sully et du Loiret, Festival de musique classique du 24 mai au 17 juin.

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Infos et réservations : http://www.festival-sully.fr / festival.sully@loiret.fr / 02 38 25 43 43

  • Festi’45, Festival des arts de l’oralité du 19 au 26 mai – . Orléans, Fleury-les-Aubrais et Montargis.

festi45
Ce festival des arts de l’oralité, organisé par l’association Espace Culturel Marico, cherche à valoriser la parole et le langage. Conte, slam, lecture, récit…  Parmi les divers orateurs présents, vous retrou­verez Solange Meunier, Muriel Bloch, Govrache, Serge Tamas… Le programme ici.

Infos et réservations : http://www.festi45-artsdelaparole.com / 06 88 01 26 40

  • Baule d’Airs,  Festival des arts à l’air libre du 25 au 27 mai – Baule (45)

baule d'airs
Baule d’Airs, festival autour du cirque, du théâtre, de déambulations en fanfare, le tout agrémenté de pyrotechnie, et une soirée du samedi exclusivement musicale. Le théâtre de rue, quant à lui, aura la part belle le dimanche.

Infos et réservations : http://www.commune-baule.fr / bauledairs@gmail.com / 06 33 18 86 81

  • Loir-et-Cher
  • Mix’Terre du 18 au 20 mai – Blois.

mixterre
L’art de rue, la danse, le cirque, la musique et l’humour se succéderont tout au long de ce week-end pour mettre à l’honneur les cultures du monde dans un esprit convivial.

Infos et réservations : http://www.maisondebegon.com / 02 54 43 35 36

Essonne

  •  Les BrioFolies  – 26 mai – Brières-les-Scellés (91)

briofolies
12 heures de concerts rock et chanson française. Le festival propose des groupes de la scène nationale, mais aussi des « découvertes de la scène locale.

Plus d’informations : – Facebook : https://www.facebook.com/BrioFolies/  http://briofolies.fr

S.J.

Bord de mer

  Le lundi, c’est lecture !

Une lecture vraiment très noire aujourd’hui, mais dépassez vos a priori , lisez Bord de mer !

bord de merBord de mer – Véronique Olmi

Il est des romans dont on sait dès les premières lignes qu’ils vont être des coups de cœur. Bord de mer est de ceux-là.

Une mère emmène ses deux garçons, Stan, 9 ans, et Kevin, 5 ans, au bord de la mer. Elle veut leur faire plaisir, leur faire de beaux souvenirs avant que…

Pourtant les garçons sont inquiets parce qu’ils ne sont pas en vacances. Une sortie imprévue en pleine semaine, qu’est-ce qu’ils vont dire à l’école ? En plus il fait froid, il pleut et le voyage en car a été long et ennuyeux. Arrivés à destination, il faut encore trouver l’hôtel, pas facile quand on ne veut pas se faire remarquer, qu’on veut prétendre savoir faire comme les autres.

Pourtant la mère veut que les enfants voient la mer, avant que…

Ils passeront vingt-quatre heures dans cette petite ville où elle leur assure qu’en été tout est bleu, vingt-quatre heures pendant lesquelles les enfants vont découvrir la mer déchaînée et violente alors que la mère aurait voulu un peu de joie pour eux. C’est toujours pareil, elle rate tout. Elle voudrait tellement bien faire, mais elle est tellement fatiguée, épuisée.

D’elle on ne sait rien.  On devine les visites des assistantes sociales, les visites chez le psy, les regards des autres qu’elle ne supporte plus, la honte de sa bouche édentée, la solitude, l’immense solitude.

C’est l’auteur  qui lui donne une voix,  cette voix qu’elle arrive si peu à faire entendre, qui reste si souvent au fond de sa gorge. Sa voix qui disparaît, comme son corps, dans les rues de la ville pluvieuse, boueuse.

On pourrait détester cette femme qui laisse ses enfants souvent livrés à eux-mêmes, qui n’est pas une « bonne mère » comme le voudraient la société et les bien-pensants. On pourrait la condamner pour son geste final, mais ce qui ressort surtout, c’est sa douleur, sa solitude, sa misère, sa dérive, le sentiment d’abandon.

Dans son premier roman, Véronique Olmi donne la parole à cette mère, la narratrice qui nous embarque dans son esprit perturbé. On se met à sa place alors qu’on voudrait la détester, la condamner, et surtout fuir, fuir ce qui ne peut qu’arriver. La langue, toujours juste, comme une urgence, nous rapproche de la fin tragique que l’amour débordant qu’elle a pour ses enfants ne peut empêcher. Cet amour, aussi grand soit-il, n’est pas de taille à lutter contre la violence de la société.

Je suis sortie de ce texte bouleversée, sans voix, les larmes au bord des yeux et le cœur au bord des lèvres. 122 pages terribles et magnifiques.

S.J.

Que faire pendant les vacances ?

Bientôt les vacances, du temps pour se reposer, mais aussi pour sortir un peu, découvrir des jardins, des expositions…dans la région et ailleurs.

Quelques idées….

A Orléans

 Les grands magasins jusqu’au 30 juin 2018  – Centre Charles Péguy – Orléans

les_grands_magasinsE-commerce, achats en ligne, soldes et publicités peuplent notre quotidien et nous sont familiers. Mais qui se doute que l’on peut faire remonter l’histoire de ces derniers jusqu’au beau milieu du XIX e siècle ? Car il y a bien eu une Belle époque des grands magasins. C’est elle qui verra les idées novatrices et audacieuses d’Aristide Boucicaut, d’Ernest Cognac, d’Alphonse Kahn ou de Théophile Bader, prendre forme et s’épanouir pour développer l’art du shopping que nous pratiquons encore.

A Tours

silent show

Dans la salle noire, exposition de Cécile Bart jouant de façon inédite sur le triple registre de la peinture, du cinéma et de la danse. Un dispositif conjuguant pour la première fois ses peintures/écrans et la projection cinématographique.

fourmisQue l’on habite la campagne ou la ville, les fourmis font parties de notre environnement proche. L’exposition inédite « Fourmis » a pour objectif d’inviter le visiteur à connaitre leur fabuleuse diversité et leur organisation sociale à travers différents modules thématiques et interactifs.

A Blois

  • François Delarozière, La MachineMaison de la BD à Blois – Jusqu’au 26 mai 2018Croquis-expoCette exposition vous permettra de (re)découvrir l’univers de la compagnie La Machine. Cette dernière développe de nombreux projets aussi bien dans le domaine de l’aménagement urbain (Les machines de l’Île à Nantes, Les animaux de la place à La Roche-sur-Yon) que celui du spectacle de rue (Long Ma Jing Shen, Les mécaniques savantes, La symphonie mécanique…).Au travers de dessins, de photos grands formats, de vidéos et de machines, elle vous permettra de comprendre l’aventure singulière de cette compagnie de théâtre de rue qui, par ses spectacles et ses projets urbains, transforme nos rues et nos places en un grand théâtre, et renouvelle le regard que les habitants portent sur leur propre cité.

     

     

    La Galerie des Illusions  jusqu’au 16 septembre 2018 – Maison de la magie Robert-Houdin – Blois25692_954_affiche_galerie_illusions_2018_webA l’occasion de son 20e anniversaire, la Maison de la magie Robert-Houdin expose une centaine d’œuvres réalisées par près de 50 artistes contemporains, sélectionnées sur concours. Autour du thème de « l’illusion », de nombreuses disciplines sont convoquées au sein d’un vaste cabinet de curiosités : peinture, sculpture, dessin, origami, céramique, design, broderie, marqueterie, photographie, holographie, vidéo ou réalité augmentée. Une rencontre exceptionnelle entre l’acte plastique et l’intention magique, au service de l’étrange et du détournement des sens.

A Chaumont-sur-Loire

 Festival international des jardins au domaine de Chaumont-sur-Loire (41). Thème 2018 : Les jardins de la pensée.

aff_festival_2018 Cette édition vous fera découvrir, entre autres singulières architectures vertes, de véritables “bulles” de pensée, un jardin de méditation japonais bleu Klein, radicalement contemporain, une spectaculaire anamorphose rouge, un sculptural livre de sable, une architecture en spirale inédite, un cloître contemporain orné de sublimes “fleurs de plume”, de délicats kokedamas figurant vos neurones… bref, une époustouflante combinaison d’idées, d’inventions et de poésie végétale.

A Paris

  • David Goldblatt – L’Afrique du Sud : son histoire, sa géographie, ses habitants jusqu’au 13 mai 2018Centre Pompidou

goldblattLe Centre Pompidou consacre pour la toute première fois une rétrospective à l’œuvre de David Goldblatt, figure clé de la scène photographique sud-africaine et artiste phare du documentaire engagé. À travers ses photographies, Goldblatt raconte l’histoire de son pays natal, sa géographie et ses habitants. L’artiste entretient dans son œuvre une tension singulière entre les sujets, le territoire, le politique et la représentation. L’exposition retrace son parcours à travers un choix de séries majeures et dévoile aussi des ensembles plus méconnus, comme ses premières photographies prises dans les townships de Johannesbourg. La série On the Mines, devenue aujourd’hui une œuvre emblématique de l’histoire de la photographie documentaire, est présentée avec des tirages de travail.

tsiganesDe multiples représentations des tsiganes ont traversé l’histoire de la photographie. Cette exposition pose un nouveau regard sur eux, et permet de comprendre les origines d’une discrimination encore présente aujourd’hui. Plus de 800 photographies illustrent la double approche du parcours : anthropologique et documentaire d’une part ; artistique avec un accrochage de la série Les Gorgan du photographe Mathieu Pernot, qui met en lumière la famille arlésienne qu’il a suivi pendant 20 ans, de l’autre. L’exposition propose de voyager à travers l’Histoire, à la rencontre de la communauté tsigane. D’une vision romantique héritée du XIXe siècle aux images d’un peuple asocial et archaïque, de la fascination au rejet raciste : le parcours revient aux origines pour s’arrêter à notre époque, à travers documents d’archives et photographies contemporaines.

  • Artistes et robots jusqu’au 9 juillet –  Grand Palais

robotsCette exposition invite tous les publics à expérimenter des œuvres créées par des artistes à l’aide de robots de plus en plus intelligents. Une trentaine d’œuvres nous donne accès au monde virtuel immersif et interactif, à l’expérience sensible du corps augmenté, de l’espace et du temps bouleversés.

Bonnes vacances !

S.J.

Comment (bien) rater ses vacances

  Le lundi, c’est lecture !

Encore un roman d’Anne Percin, beaucoup plus joyeux cette fois, et d’actualité à l’approche des vacances.

percinComment (bien) rater ses vacances – Anne Percin

Les vacances d’été approchent et Maxime, 17 ans, ne se sent pas de passer les vacances en Corse avec ses parents et sa petite sœur, à crapahuter sur le GR 20.

La petite sœur non plus, d’ailleurs, qui obtient sans peine de passer deux semaines en colo avec sa meilleure-amie-pour-la-vie. N’ayant aucun copain avec qui partir, Maxime se rabat sur sa grand-mère, à quelques stations de bus de chez lui.

Il l’aime bien Mamie Lisette, ancienne instit, généreuse et l’esprit vif. Il l’aime d’autant plus qu’il lui a fait acheter un ordinateur et que sous prétexte de mettre ses logiciels à jour, il va pouvoir passer des heures à regarder les films gores qu’il adore, et à tchater avec ses deux seuls amis, Alexandra et Kévin (sacrés personnages ces deux-là aussi !). Les vacances s’annoncent donc finalement très bien pour cet ado un brin solitaire, qui cultive un look décalé, qui s’éclate sur du rock des années 70, qui théorise à qui mieux mieux sur l’économie mondiale, qui trouve les couples d’amoureux ridicules et qui manie humour, cynisme, sarcasme et ironie avec talent.

Seulement voilà, la grand-mère fait une crise cardiaque et rien ne va plus. Les catastrophes s’enchaînent, il a affaire à la police, ses parents sont injoignables et la petite sœur déprime en colo.

Et on suit avec plaisir les aventures de Maxime qui va devoir sortir de son isolement et faire face, comme un adulte responsable qu’il est en train de devenir.

L’auteur réussit à nous attacher à son personnage et mêle adroitement émotion et humour tout au long du récit. Et de l’humour, il y en a ! Anne Percin a réussi à faire du quotidien d’un gamin solitaire une aventure palpitante. J’ai adoré ses expériences culinaires désopilantes, ses playlists sur l’ordi,  ses matches de ping-pong verbal avec sa grand-mère,  sa relation avec le chat…dont il est le parrain…  J’ai  aussi été touchée par les descriptions de ses moments d’abattement – on a beau être le roi de l’humour, la vie parfois, c’est pas facile.

Un très bon moment de lecture en compagnie de ce grand ado à la langue bien pendue et qui ressemble comme deux gouttes d’eau à ceux qui nous entourent…

S.J.

Her de Her (2018)

Derrière ce nom de groupe quelque peu mystérieux et résolument féministe se cachaientHer jusqu’il y a peu deux français, Victor Solf et Simon Carpentier, qu’on avait pu voir oeuvrer précédemment dans le groupe rennais survitaminé de The Popopopops. Après deux EP remarqués Tape #1 et Tape #2, j’attendais avec impatience le premier album et c’est avec une grande tristesse que Simon Carpentier, suite à un cancer, est allé taquiner les Muses là-haut et rejoindre la somme incommensurable des talents du Club des 27 cet été… Victor Solf a fait le choix de mener jusqu’au bout l’aventure de Her et de rendre en quelque sorte un « hommage posthume » à son camarade de toujours, en s’appuyant sur un grand nombre de titres écrits à deux ou déjà sortis sur les EP. Bien lui en a fait, tant cet album est un véritable bijou de soul sensuelle à souhait.

D’emblée We Choose donne le ton, morceau fort en émotion qui brille par son dépouillement à peine atténué par quelques cuivres discrets et claquements de doigts. Le deuxième morceau me rassure car la volonté de ne pas se laisser déborder par un excès de pathos, au vu du contexte de parution de l’album, est réelle avec le déjà célèbre Five-Minutes, sublime alliance entre sonorités électroniques et mélancolie sous-jacente. Voilà pour moi un refrain qui fait mouche à chaque fois avec ces synthés obsédants. Après un Icarus plus groovy avec sa basse si ronde, Blossom Roses s’impose comme un autre temps fort de l’album où les sonorités électroniques enveloppent avec grâce la voix de Victor. Je ne vais pas trop empiéter sur votre plaisir de découvrir la suite mais espère que vous saurez vous laisser séduire par l’ovni urbain On&On où l’incontournable Roméo Elvis vient poser son flow aux côtés de AnnenMayKantereit, le sensuellissime Neighborhood (humm cette basse), la résurgence soul de Jamiroquai Wanna Be You ou encore le saxo de Swim avec Zefire en featuring. Voilà en tout cas un bien bel album dont le plaisir d’écoute s’enrichit au fil des écoutes tant la production est extrêmement léchée. J’en connais un là-haut qui doit avoir le sourire…

 

Sylphe

Le premier été

premier étéLe Premier été – Anne Percin

Par une fin d’été, deux sœurs se retrouvent dans la maison de leurs grands-parents où elles ont passé les étés de leur enfance et de leur adolescence. Les grands-parents ne sont plus là, il faut vider la maison. Catherine, la benjamine et narratrice, ne semble pas vouloir garder quoi que ce soit de cette époque. Un souvenir douloureux est apparemment lié à l’été de ses 16 ans.

Les deux sœurs ont été très proches mais quelque chose les a éloignées, ce quelque chose qui hante Catherine depuis des années, qui devient insupportable et qu’elle décide de confier enfin à sa sœur Angélique dans un long monologue.

Ce secret, nous ne le découvrons qu’à la fin d’un récit magnifique et poignant. Un secret qu’on est bien loin de deviner tant il est amené par des souvenirs somme toute banals par l’auteur qui nous entraîne du côté de la nostalgie. Les plus de 30 ans s’y retrouveront forcément dans les évocations des musiques, des émissions télé ou des références vestimentaires . Qui n’a pas connu aussi les vacances chez les grands-parents à la campagne, la cueillette des haricots verts à la fraîche le matin, les étés écrasants de chaleur, la langueur qui accompagne les chauds après-midis, la lecture de magazines pour ados, le hit-parade ?

On pourrait croire qu’il ne se passe rien, mais l’auteur prend le temps d’installer les conditions pour que le drame arrive, un drame dont tous, à l’exception de Catherine, semblent avoir été des témoins aveugles.

Et puis de nostalgique, le récit va alors devenir de plus en plus douloureux. La douleur, la culpabilité et le remords vont prendre le dessus,  et Catherine vit avec ce poids depuis plus de quinze ans, depuis le jour où elle s’est laissé aller à se comporter comme les autres. D’une écriture apparemment simple, Anne Percin décrit avec la même précision la campagne, les effets de la chaleur, les odeurs ou les tourments et l’inconséquence de l’adolescence.

Tout est sensuel, charnel. Les passages sur la découverte du désir, du plaisir, de son corps et de celui de l’autre sont magnifiques de poésie, à la fois pudiques et sans détour.

Cette histoire de deux vies fracassées, de la perte de l’innocence, est tout simplement bouleversante, dérangeante et hante encore longtemps après avoir tourné la dernière page.

S.J.

 

Higelin – Alertez les bébés

Jacques Higelin est donc parti. Votre serviteur est un fervent admirateur, pratiquement pas une tournée manquée, parfois deux spectacles de la même, des concerts gratuits, des interventions dans des festivals, tous les disques, parfois sur plusieurs supports, y compris de bien rares. Je suis ce qu’on appelle un fan.

De tous ces disques pourtant, s’il ne fallait en garder qu’un seul, ce serait celui-là :higelin C’est en 1975 que le grand Jacquot part à Brest enregistrer un disque avec des copains parisiens et quelques musiciens locaux, comme M. Blette, à la basse. Il a déjà quelques disques derrière lui, dont les deux premiers de ce qu’on appelle aujourd’hui sa période rock, et qui lui ont valu la gloire : BBH 75 et Irradié, ce dernier enregistré avec Louis Bertignac, qui sera ensuite le guitariste de Téléphone.

 Après viendra un disque aux accents plus folk, voire blues, No Man’s Land, puis le double album de la consécration : Champagne pour tout le monde… et caviar pour les autres. On voit se dessiner le chanteur éponge, prêt à se gonfler de tous les genres et de toutes les modes pour ensuite les exprimer à sa sauce singulière. Ce disque de transition, une sorte de joyeux mélange, qui nous prend par la main pour faire le tour des possibles, en est une démonstration.

L’ouverture est fabuleuse, douce et entrainante : une note tenue au synthé, un murmure, on entend « Juste ce que tu sais faire, le minimum », puis vient le roulement du charley, trois notes de basse, en enfin le riff funky à la guitare. On comprend tout de suite que ce minimum là fixe la barre bien haut. Cuivres et rythme lancinant, nous voilà transportés dans les studios de la motown, impossible de rester assis. Le solo bouillant de Pierre Chérèze, compagnon fidèle du poète, achève de charger l’atmosphère avant une descente en douceur.

Le répit n’était que de courte durée : arrive ensuite un morceau qu’on croirait tout droit sorti des deux albums précédents, Geant Jones, deux notes de piano, un roulement de batterie et les enceintes se mettent à cracher un rock sale et binaire à souhait pour raconter l’histoire d’un boxeur qui perd son combat (il faudrait faire un billet sur les boxeurs dans la chanson, Higelin, Nougaro, Lavilliers…). Le break soudain sera prétexte plus tard, en live, à des improvisations délirantes qui allongeront le morceau jusqu’à des 20 minutes.

Malgré la surprise vite digérée du morceau d’ouverture funky, on est quand même rassuré : c’est le Higelin qu’on connait, rockeur, voix criarde, guitares sales, basse claquante et batterie assassine. Mais voilà, soudain, des bruits de hall de gare et arrivent quelques notes d’accordéon, un peu loin d’abord puis qui se rapprochent et se déploient dans la stéréo. C’est La Rousse au chocolat, une fausse bluette unplugged, teintée d’un vague érotisme souriant (le poète délire à partir d’une page de pub dans un magazine), lancinante, presque endormie parfois. Il faut entendre la guitare sèche et ses arpèges subtils, puis la descente de basse. Pas d’erreur possible, après la surtension soul et rock, on est de retour dans les eaux de la chanson française, atmosphère folkeuse en prime.

Puis retour au Texas, square dance pour tout le monde, pour raconter l’histoire d’un type qui veut retrouver une fille qui s’est planquée dans une boite. L’agilité de Pierre Chérèze aux deux guitares (électrique et folk) est juste sidérante. Ce morceau va devenir très vite un des piliers des concerts de Jacques, les deux breaks, dont celui avec la voix d’une jeune femme inquiète, donnant lieu eux aussi à des impros interminables, accompagnées d’histoires improbables.

Un peu de philosophie ensuite, retour à une forme plus folkeuse, deux guitares, basse, congas pour J’suis qu’un grain de poussière. Au titre, ça parait déprimant, mais en fait les envolées à la guitare, les ponts plein de recherche mélodieuse, la voix qui nous fait entendre le sourire, font surtout de cette chanson un éloge à la légèreté :

Tout d’un coup, dans ce disque de 1976, on a l’impression de tomber en plein dans l’actualité avec Aujourd’hui la crise, écrite avec toutes les expressions possibles pour dire qu’on n’a pas le sou, un air presque blues, aux accents New Orleans, avec même un petit bout de hautbois. Là encore, légèreté, impression que tout est sautillant, la banane ne nous quitte pas.

Puis vient l’indispensable ballade, Rien, piano et pedal steel, forme de chanson d’amour libertine : d’un amour qui n’engage à rien, qui n’est que carpe diem. Il ressort du texte une grande douceur, qui laisse passer sans en avoir l’air une sorte de manifeste pour des rapports humains dénués d’engagement, légers, une revendication de l’amour d’un instant.

Avant le morceau de bravoure, sur l’autre face si vous l’écoutez en vinyl, il faut écouter le bruit de la pluie et des voitures sur la chaussée mouillée avant de se plonger dans le blues, à l’accordéon et aux balais sur la caisse claire. C’est Coup de blues, « un coup de blues à 118°, du bon, du gros qui tâche ». Il faut écouter, vraiment, pour l’idée incroyable de jouer du blues avec une formation musette.

Enfin le morceau de bravoure, seul au piano, 10’ magnétiques,  Alertez les bébés, écrite en transe dira plus tard le chanteur. Pour l’enregistrement, Paul Semama, l’ingénieur du son, a posé des micros partout autour du piano, puis il a appuyé sur le bouton et c’est parti. Une seule prise. Retrouver en studio l’énergie qui était celle du chanteur sur scène n’était pas un pari évident, mais c’est réussi. Le cri de colère de Jacquot est saisi comme un cri. C’est juste sublime.

Voilà comment mine de rien, nous avons été conduits de l’habitude rock et électrique qui était celle du chanteur jusque-là à quelque chose de beaucoup moins marqué, plus en recherche. C’est sans doute de là que vient l’impression de totale liberté qui s’en dégage. Higelin ne lâchera plus jamais cette recherche-là. Sans compter l’univers raconté, celui des halls de gare, des rings de boxe, de la banlieue et des routards, qui attendait qu’on lui apporte cette gloire-là.

Il ne faut pourtant pas oublier les musiciens, et voilà, chose tellement rare, que le disque s’achève sur une courte présentation de ceux-ci.

Bref, ce disque est un chef d’œuvre, il transpire l’urgence, le bouillonnement, mais pas d’angoisse, juste l’énergie du désir : c’est une bouffée d’air frais.

M.B.