L’anniversaire de Kim Jong-Il

Le lundi, c’est lecture !

KimL’anniversaire de Kim Jong Il – Aurélien Ducoudray / Mélanie Allag

Jun Sang est né en Corée du Nord, un 16 février.

Pas de chance, dans son pays on ne fête pas les anniversaires, sauf celui  de Kim Jong Il, le dirigeant du pays. Mais ça tombe bien quand même pour Jun Sang car il prend un peu toutes les célébrations pour lui.

A 8 ans, il est chef des jeunesses patriotiques de son quartier et prend son rôle très à cœur. Il est persuadé que son pays est le plus beau du monde et qu’il a bien de la chance de ne pas être né en Corée du Sud où les gens meurent de faim et où les enfants sont exploités.

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Il donc heureux ce jeune Jun Sang, jusqu’à ce que son monde s’écroule et que ses yeux s’ouvrent enfin, qu’il comprenne le système qui régit son pays.

Les auteurs offrent une BD très documentée, qui révèle, à travers un regard d’enfant, la réalité sombre de cette dictature (mensonges, corruption, pénuries, famine, misère, violence, suspicion, peur…).

Le dessin de Mélanie Allag accompagne parfaitement la prise de consciente du jeune héros. Les rondeurs enfantines vont rapidement laisser place aux traits creusés et aux visages inquiets et les couleurs claires du début vont rapidement s’assombrir.

Une très belle surprise que cet album.

Pour en savoir plus, Mélanie Allag nous explique son travail de dessinatrice.

S.J.

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Les vieux fourneaux

Le lundi, c’est lecture !

Les vieux fourneaux – Lupano / Cauuet

 

Quel plaisir de rencontrer Pierrot, Mimile et Antoine,  trois septuagénaires, amis d’enfance, au passé d’anarchistes pas piqué des vers !  Ils se retrouvent à l’occasion de l’enterrement de Lucette, la femme d’Antoine. Après passage chez le notaire, Antoine apprend que sa chère Lucette a eu une aventure avec Servier, grosse fortune de l’industrie pharmaceutique et cible des luttes syndicales des trois compères.

Ni une ni deux, Antoine prend son fusil et part vers la Toscane pour abattre cet odieux suppôt du capitalisme qui a séduit sa Lucette … il y a 40 ans !

Les deux autres, partent à sa poursuite pour éviter un carnage, et c’est le début d’un road-movie souvent hilarant qui met en scène des personnages hauts en couleur et à la langue bien pendue. C’est irrévérencieux à souhait,  les situations sont cocasses, les bons mots fusent dans cette comédie sociale qui présente des papis loin des clichés des petits vieux passant leur retraite en charentaises au coin du feu, même si parfois, la réalité se rappelle aux bons souvenirs du trio : « J’aurais préféré le tuer à coups de pied, mais avec mon arthrite… »

 

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En route vers les retrouvailles

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Au quartier général où s’organisent les attentats gériatriques
Déjà cinq tomes sortis et on attend le sixième avec impatience.

Un petit aperçu de dialogues avec le plus radical de la bande,  l’ami Pierrot :

« –Dites donc, vous êtes drôlement organisés, pour des anarchistes.
-Ha ha ha ! Mais l’anarchie, c’est pas le bordel, mon cher ! C’est l’ordre moins le pouvoir, nuance. »

« Des non-voyants anarchistes! « Ni yeux ni maître », qu’on s’appelle! On fait du terrorisme situationnel. C’est bidonnant. On s’incruste dans les réceptions, les soirées branchées, les cocktails, les réunions politiques, et pis on fout le boxon. Que des handicapés et des vieux méchants comme des teignes! Le cauchemar des services d’ordre. S’ils nous touchent, on porte plainte, on demande des dommages et intérêts, ça arrondit les fins de mois. »

S.J.

Quand la BD philosophe

Le lundi, c’est lecture !

Le temps des révisions est arrivé, bientôt le Bac et la première épreuve qui en fait stresser plus d’un, la philo !

Pas de panique, voici quelques lectures qui peuvent aider à philosopher… ou pas.

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La planète des sages : Encyclopédie mondiale des philosophes et des philosophies – Jul et Charles Pépin

Présentation de 58 philosophes  du monde entier. A chaque fois, une page illustrée par le dessinateur Jul à laquelle répond une page de texte de Pépin. C’est souvent drôle, décalé, et ça peut donner envie de (re)découvrir certains philosophes.

 

 

 

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Les aventures de Poussin 1er – E-E Schmitt / Janry

Un poussin qui interroge le monde, qui doute. Il suffit qu’un chien lui demande « Qui es-tu ? », et c’est parti pour un album de questions existentielles. On sourit beaucoup à suivre ce poussin dans la basse-cour et son environnement proche, à la recherche de réponses sur le vaste monde.

 

 

philocomix

 

Philocomix – Vermer / Thivet / Combeaud

C’est quoi le bonheur ? A l’aide de schémas, de dessins et d’exemples, les auteurs présentent avec humour les théories de 10 philosophes sur le sujet. Qu’en ont dit Platon, Descartes, Nietzsche et les autres ? Vous saurez tout, ou presque, en lisant Logicomix.

 

 

 

 

A vous de voir lequel de ces trois ouvrages vous permettra d’avoir une mention au Bac !

S.J.

La balade nationale

Le lundi, c’est lecture !

Habituellement, une bande-dessinée est le fruit du travail d’un scénariste et d’un dessinateur. Pour La balade nationale, 20 volumes prévus, seront associés à chaque album, un historien et un dessinateur qui coproduiront le scénario. Démarche originale !

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Dans le premier opus, Les origines, l’originalité réside également dans l’idée de réunir Marie Curie, Jeanne d’Arc,  Jules Michelet, Molière et Alexandre Dumas, accompagnés de Pétain dans un road-trip à la recherche des origines de la France et des français et de l’origine du récit national.

Les auteurs, Sylvain Venayre et Etienne Davodeau, ont présenté ce premier tome et l’esprit de la série aux Rendez-vous de l’Histoire 2018 à Blois.

Étienne Davodeau explique comment il a « donné corps » à Jeanne d’Arc.

S.J.

Juste après la vague

 

Le lundi, c’est lecture !

imageJuste après la vague – Sandrine Collette

Un tsunami comme on n’en avait jamais vu a tout submergé.

Une famille, les parents et leurs neuf enfants, vivent isolés sur des hauteurs. Mais l’eau ne cesse de monter et il va falloir prendre une décision : tenter sa chance en barque pour chercher un terrain sec et assez haut pour éviter la noyade.

Oui, mais il y a un problème : le petit bateau ne peut contenir que huit personnes avec les vivres et l’eau potable, et ils sont onze.

Qui va devoir rester ? Quelle terrible décision les parents vont-ils devoir prendre ? Sandrine Collette nous fait avancer habilement dans ce roman avec une première partie qui raconte le quotidien de cette famille, le temps de nous faire rencontrer chacun d’entre eux. Le temps de les connaître, se s’attacher à chacun et de ressentir les tourments des parents qui vont devoir décider de qui laisser. Certes, l’objectif est de revenir chercher les enfants abandonnés une fois que le reste de la famille serait en sécurité. Mais tous savent bien que trouver un lieu sûr est aléatoire, y arriver tous en vie l’est encore plus.

Vient alors le récit de ce qui se passe avec les trois enfants restés à la maison puis ce qui se passe dans le bateau. Ainsi nous partageons les épreuves par lesquelles les uns et les autres passent. Le découragement, la peur, la faim, l’incompréhension, l’attente, la douleur, la rage, la culpabilité, la folie, tout cela contrebalancé par la fraternité, la solidarité.

Pourquoi cette catastrophe climatique ? Où se passe l’histoire ? Nous n’en savons rien, ce n’est pas ce qui semble intéresser Sandrine Collette. Elle s’attache plutôt à observer cette tragédie familiale sur fond de catastrophe naturelle, à nous faire rencontrer de très beaux personnages et nous donner à voir de magnifiques tableaux de la Nature déchaînée.

S.J.

Le fond du bocal

Le lundi, c’est lecture !

Lecture de circonstance en ce 1er avril. Des histoires de poissons. De l’absurde, de la dérision, du cynisme, mais surtout de l’humour…

 

 

Au cours des sept tomes du Fond du bocal, ils en ont parcouru des kilomètres les poissons de Nicolas Poupon ! Ils sont tous fêlés du bocal, forcément, passent leur temps à s’interroger sur l’absurdité de la vie, se prennent pour Steve McQueen dans La grande Evasion et échappent quotidiennement aux dangers les plus grands. Mais jamais ils ne se contentent des limites de leur bocal et sont toujours en étroite relation avec l’actualité brûlante de leurs contemporains bipèdes et non aquatiques.

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Pour découvrir quelques planches des différents albums https://www.glenat.com/bd/series/le-fond-du-bocal

S.J.

Dans la forêt

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foretDans la forêt – Jean Hegland

Il aura fallu attendre plus de 20 ans pour voir arriver en France la traduction du roman de Jean Hegland.

Pourtant Dans la forêt aurait pu être écrit hier. Il raconte le chaos dû à une crise politique : plus d’électricité, plus de carburant, impossibilité de se déplacer ou d’être ravitaillé. Mais jamais l’auteure ne s’attarde sur les causes de ce chaos, ce n’est pas cela qui l’intéresse.

Son intérêt se porte sur une famille isolée dans la forêt et qui survit loin du déchaînement des villes. Les filles adolescentes doivent abandonner leurs projets de vie, la danse pour l’une, l’université de médecine pour l’autre. Les événements successifs feront de ces deux sœurs des survivantes qui se replieront de plus en plus dans la forêt nourricière et protectrice.

Dit comme cela, l’histoire pourrait être banale, déjà lue et relue… Mais Jean Hegland sait tenir en haleine en nous enfermant avec les deux sœurs dans ce huis-clos. Elle sait dire les tensions, les espoirs, les doutes, les moments d’abattement, la révolte. Elle sait faire des petits gestes du quotidien une aventure pour la survie. Elle sait nous attacher à ses personnages en nous montrant au plus près comment elles se transforment, comment elles s’adaptent sans renoncer, si ce n’est à la modernité.

Un roman sur la fin de la société de consommation et sur le retour à une vie où la nature retrouve toute sa place.

S.J.

Rebecca Dautremer à Beaugency

Le lundi, c’est lecture !

Rebecca Dautremer sera l’invitée du salon du livre jeunesse de Beaugency (45) les 29, 30 et 31 mars 2019.

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Rebecca Dautremer est connue pour ses albums reprenant des grands textes tels que  Alice au pays des merveilles, Cyrano ou Soie.

Son style est reconnaissable, tout en délicatesse. Vous n’avez pas pu passer à côté de ses Princesses.

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Son dernier album, Les riches heures de Jacominus Gainsborough, raconte l’histoire d’un lapin. Sa vie faite de petits riens, la vie simple d’un lapin fragile, timide et un brin mélancolique. A priori rien de palpitant, mais grâce aux dessins de Rebecca Dautremer et à ses textes tout en sensibilité, on s’attache vite à accompagner Jacominus dans toutes les étapes de sa vie. Chaque planche fourmille de détails qui font entrer le lecteur dans un univers très riche et coloré.

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Laissons Rebecca Dautremer elle-même parler de son travail et de ses influences qui vont de Beatrix Potter à Bruegel en passant par Boudin et Seurat.

S.J.

Le grand méchant renard

Le 10 mars, à Pithiviers, Le grand méchant renard se décline au théâtre avec la Compagnie Jeux de vilains qui présente une adaptation avec des marionnettes.

Le grand méchant renard, BD de Benjamin Renner, a déjà eu un immense succès,

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tout comme l’adaptation cinématographique.

Que ce soit en BD, au cinéma ou au théâtre ne vous privez pas de faire un bout de chemin avec ce renard pas si méchant que ça. Et ne vous y trompez pas, ce n’est pas que pour les enfants !

S.J.

En vieillissant les hommes pleurent

seigleEn vieillissant les hommes pleurent – Jean-Luc Seigle.

J’ai été bouleversée par l’histoire d’Albert, un homme qui n’a pas forcément les mots pour dire son mal-être, mais aussi par l’écriture de Jean-Luc Seigle, toute en délicatesse, en pudeur, en retenue.

L’auteur nous fait vivre une journée de juillet 1961, sur fond de guerre d’Algérie, jusqu’au dénouement qui fait petit à petit monter une boule dans la gorge.

Comment parler de cet homme, Albert, attaché à sa terre et à sa ferme mais qui a dû se résoudre à devenir ouvrier chez Michelin ? Lui-même a tant de mal à dire le sentiment qu’il a d’être dépassé par la vie, par la modernité dont sa femme est éprise. Il est incapable de décrire sa lassitude de la vie. Il ne peut que rester silencieux, taire la honte d’avoir été fait prisonnier en 1940 sur la ligne Maginot, cette captivité qui ne lui a jamais permis de tisser de lien avec son fils aîné.

Il ne sait comment dire son désarroi devant son monde qui se désagrège, devant sa mère qui perd la tête et ne vit plus dans le présent, devant sa femme qui fait peu à peu disparaître le passé et introduit dans le foyer un monde moderne dont il se sent exclu.

Il ne sait comment dire à ses fils qu’il les aime parce qu’il n’a pas les mots. Albert ne dira pas. Il agira.

C’est avec une grande délicatesse que l’auteur dresse le portrait d’une époque et d’un homme qui, dans un acte courageux et d’une immense générosité, fait le don d’une existence pour que ses enfants vivent mieux que lui.

Il y a une telle grâce dans l’écriture de Jean-Luc Seigle ! Il accompagne son personnage avec une telle bienveillance, jamais il ne le juge, ni lui, ni les autres personnages d’ailleurs. La langue est sobre et pudique dans ce roman qui donne toute leur importance aux mots et à la littérature.

Et ce titre ? N’est-il pas magnifique ?

S.J.