De la musique en juin

Retour des festivals en juin. De la musique pour tous les goûts.

  • Le Grand Unisson les 14 et 15 juin à Saint-Jean-de-la-Ruelle (festival gratuit dédié aux musiques actuelles. Tout le programme ici.

gd unisson

  • Hey gamin ! 15 et 16 juin à Chécy (musique, théâtre, danse…tout est gratuit !)

Tout le programme ici.

ob_317926_hey-gamins-checy-festival

Un petit aperçu :

  • Festival de Sully-sur-Loire et du Loiret du 6 au 23 juin.

sully

A Pithiviers La Chimera le 7 juin

A Yèvre-le-ChâtelQuatuor Anches hantées le 9 juin

Programme complet dans le Loiret.

S.J.

Publicités

Souad Massi

Alors qu’on parle beaucoup de l’Algérie depuis quelque temps, il m’est revenu le nom d’une chanteuse que j’ai beaucoup écouté au tout début des années 2000. Elle revient sur les ondes avec sa voix douce, ses mélodies qui nous mènent du côté de la musique arabo-andalouse, parfois du fado, ou du folk. Difficile de croire qu’elle a a débuté dans un groupe de hard-rock à Alger, non ?

S.J.

Un peu de blues créole

Belle découverte que ce groupe de blues guadeloupéen.

delgres

Avec le trio Delgrès, on voyage de la Guadeloupe à la Louisiane, grâce au créole et au sousaphone,  un instrument qui  accompagne habituellement les carnavals aux Antilles et les marching-bands à la Nouvelle-Orléans.

Ça dépayse, la musique est joyeuse et chaleureuse alors que la voix rocailleuse de Pascal Danaë  porte des thèmes  plutôt rudes tels que l’esclavage,  la lutte pour la liberté. la trahison des politiques.

A écouter, Mo Jodi (Mourir aujourd’hui), chanson inspirée de la vie de Louis Delgrès, héros de la lutte contre l’esclavage en Guadeloupe et dont le trio tire son nom. Le clip est glaçant et par certains aspects, m’a rappelé l’atmosphère anxiogène de Délivrance, film de John Boorman.

Mais aussi…

S.J.

Nakamurra

Hiatus, kaiyote, Nakamurra,  Tawk Tomahawk.

Un joyeux charabia qui traduit l’univers du groupe que je vais vous faire découvrir.

Mieux que des mots, place à l’écoute :

Ce groupe australien au style mêlé de mille influences (soul, rock, world music, rap, afrobeat, jazz, fusion…) s’est fait remarqué en 2012 grâce à leur nomination au Grammy Awards.

Ce quatuor mené par la voix éraillée de la chanteuse Nai Palm promène l’auditeur à travers une balade musicale inédite.

Il est de bon ton dans les critiques musicales de trouver des similitudes et des références : un éclat de voix d’Amy Winehouse ou d’Erykah Badu, des cuivres façon sixties, des samples de miaulements de chats, des teintes électro futuristes.

Mais pour ma part, cette musique est tellement singulière qu’il est inutile d’essayer de la ranger dans des boîtes.

Bonne écoute

E.H.

 

Garçon ? Fille ? Pas facile

Qui n’a pas entendu Kid, la chanson d’Eddy de Pretto, où il fustige les injonctions de virilité qui pèsent sur les garçons et les hommes.

Mais qu’en est-il des filles et des femmes ?

On m’a parlé récemment d’une reprise féministe de la chanson d’Eddy de Pretto par Barbara Pravi.

Pas facile d’être juste …humain.

Et retour à l’original, au cas où vous auriez vécu dans une grotte ces derniers mois.

S.J.

Jimi Hendrix

Jimy HendrixJimi Hendrix, Electric Ladyland, 1968

Ça y est, c’est reparti pour une nouvelle saison des disques du placard avec, au programme comme toujours, la chronique d’albums plus ou moins anciens, plus au moins connus aussi, mais toujours marquants. En réfléchissant à l’album à chroniquer, force m’a été de constater que je n’avais jamais abordé le cas hendrixien. Fatale erreur ! Ô rage ! ô désespoir ! ô vieillesse ennemie ! N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ? (du Corneille dans le texte !). Bref, il est grand temps de réparer cet oubli. Une fois le choix fait, un autre dilemme apparaît : quel album ? L’avantage avec Hendrix, c’est que sa discographie « officielle et de son vivant » est réduite : 3 albums studio dont Are you Experienced avec le mythique Hey Joe, le tout publié dans un temps court, dans une trajectoire météorique entre 1966 et 1970, interrompue par sa mort à 27 ans en 1970. (Ah, le fameux « club » des 27). S’ajoutent à cela quelques raretés peu dispos aujourd’hui comme le fabuleux In the west jamais réédité (sa reprise de Sergent Pepper des Beatles vaut à elle seul le détour.

in the west

J’entends d’ici les grincheux ergotant sur le fait qu’il est mort en pleine gloire à cet âge, que c’est cela qui lui donne de l’importance. Je veux bien ; en même temps, la disparition de Claude François au sommet de sa carrière ne me fait pas le même effet…. « Alexandrie, Alexandra, Alexandrie où l’amour danse au fond des bras. Ce soir j’ai de la fièvre et toi, tu meurs de froid »….

Pour revenir à Hendrix, pour comprendre son impact, revenons sur Electric Ladyland, l’album sur lequel il s’est le plus impliqué. A l’écoute, ce qui marque tout de suite, c’est la richesse sonore, et pas seulement de la guitare. Hendrix, en avance sur son époque, crée un son d’une grande profondeur, ajoutant des bruitages, des effets multiples d’écho, de reverb pour sa guitare qui différencient fondamentalement cet album de ses deux précédents, lui donnant une cohérence, une continuité et dépassant la simple liste de titres. Si cela pouvait encore se sentir sur le 1er disque de l’album, avec l’alternance de morceaux parfois disparates (quelle comparaison entre le blues cosmique Voodoo Chile de 15 mn et le titre suivant Little Miss Strange à la percussion plus carrée), Hendrix, avide d’explorer de nouvelles terres musicales, propose dans une deuxième partie un enchaînement ouvert par Rainy day dream away, continue avec en 1983 A merman I should turn to be Jimi Hendrix et  qui se clôture par Still raining, still dreaming : une guitare qui n’a jamais autant plané, un guitariste qui n’a jamais autant varié les effets profitant d’un studio 16 pistes pour faire l’album dont il a toujours rêvé. L’influence de l’espace, du cosmos se sent dans un choix de production clairement planant, en tout cas aérien.
Et enfin, surtout, il y a les deux derniers titres : d’abord Along the Watchtower, une reprise de Bob Dylan qui fait complètement oublié la version originale

Comparez l’originale

 

et la reprise

 

Il n’y a pas photo.

Enfin, last but not least, la reprise de Voodoo Chile. D’un blues aérien, étiré, propre à illustrer sa virtuosité et ses racines, Hendrix fait tout autre chose, un truc énergique et lascif à la fois, qui emporte tout sur son passage.

Au final, un album qui pose les bases d’un son nouveau, mais un album qui marque aussi la fin du Jimi Hendrix Experience : lassés que le guitariste exerce un contrôle total en studio, reprenant même certaines parties de basse qu’il estime mal jouées, ses 2 acolytes, Mitch Mitchell et Noel Redding,  quittent le groupe quelques semaines plus tard.

H.D.

Clip du jour: If You Really Love Nothing d’Interpol (2018)

Au début des années 2000, les critiques musicaux ont constaté un véritable renouveau du rock, porté par des groupes jeunes ayant pour certains connu un succès d’estime considérable. Au milieu de The Strokes, Kasabian, Bloc Party, The Killers ou encore Franz Ferdinand, Interpol a su s’imposer dans une veine plus post-punk.  Hier est sorti leur cinquième album Marauder toujours signé sur le label Matador Records, ainsi que le clip du morceau If You Really Love Nothing. Le morceau percutant se situe dans la lignée des albums précédents et s’avère brillamment illustré par un clip réalisé par Halla Matar. Ce clip tout en noir et rouge -clin d’oeil aux premières pochettes du groupe- est porté par Kristen Stewart qui incarne avec brio une jeune femme hédoniste qui prend avec légèreté le monde qui l’entoure. Les mouvements de caméra rapides et le goût prononcé pour les plans-séquence épousent avec merveille l’impossibilité de la jeune femme à se poser, guidée qu’elle est par son envie de ne pas respecter les codes. Une surenchère perpétuelle qui laisse le spectateur tout aussi conquis que médusé, à l’image du jeune homme du début. Voilà finalement en Kristen Stewart une belle métaphore du groupe (n’oublions pas qu’elle sort du coffre du taxi amenant Interpol) qui se vante de ne rien respecter, sauf nos oreilles pleines de gratitude de ce morceau.

Sylphe

Souldier de Jain (2018)

Fin d’année 2015, un petit bout de femme d’une vingtaine d’années nous inflige uneJain détonante dose de fraîcheur avec son premier opus, Zanaka (enfant en malgache). Jain, en référence à la religion du jaïnisme que je vous invite à découvrir dans le brillant roman Pastorale américaine du regretté Philip Roth , nous illumine avec une pop spontanée et humaniste qui s’inspire des multiples séjours à l’étranger (Dubaï, Congo, Abu Dhabi) de l’artiste. Cette facilité à entremêler les musiques du monde pour créer une pop aussi personnelle que faussement simple permet à Jain de connaître un succès immédiat, lui permettant de gagner la Victoire de l’artiste féminine en 2016. Les débuts sont idylliques et, en écoutant ce deuxième opus Souldier, j’espère que le voile de la spontanéité ne va pas se déchirer et que je vais pouvoir rester dans le monde idéalisé cher à Jain.

Les premières notes de On My Way surprennent d’emblée, l’ambiance paraît plus sombre et plus électro et la voix beaucoup plus affirmée. J’ai l’agréable impression de découvrir un trip-hop moderne tout en subtilité et originalité, comme le prouve la surprenante fin orientalisante. Flash (Pointe-Noire) et son introduction portée par les cuivres digne d’un Wax Tailor nous ramène dans des terres qui nous sont plus habituelles, une pop plus facile d’accès et particulièrement recherchée dans l’instrumentation (ahhh ces violons…). Alright, un de mes morceaux préférés, reste dans cette veine d’une pop addictive qui allie le phrasé plus hip-hop de Jain à un univers digne de Bollywood. Oui l’image peut paraître surprenante mais Jain a pour objectif de briser les barrières de manière assez évidente. Mon sommet de l’album est le très émouvant Oh Man porté par les percussions et les ruptures de rythme que je vous laisserai savourer dans la vidéo ci-dessous.

L’objectif n’est bien évidemment pas de vous résumer l’album en entier mais je constate avec plaisir l’évolution du chant de Jain qui sait se faire protéiforme. Puissant dans le plus classique Feel It que ne renierait pas une Sia, c’est dans un flow plus hip-hop que Jain me suprend, évoquant Nneka ou Selah Sue dans Inspecta ou encore Adu Dhabi. Comparé à Zanaka, ce Souldier gagne en diversité dans les atmosphères, allant de la douceur downtempo du très beau titre éponyme Souldier à la rythmique âpre du plus dispensable Star. Cette diversité aboutit cependant à une belle homogénéité et confirme qu’il va falloir compter sur la pop du monde de Jain pour les années à venir. Et puis franchement lorsque l’on se permet d’attaquer un morceau sur l’air d’Inspecteur Gadget c’est bien là une manière de nous convaincre que l’enfance de Jain est, pour notre plus grand plaisir, loin d’être finie…

Sylphe