Souldier de Jain (2018)

Fin d’année 2015, un petit bout de femme d’une vingtaine d’années nous inflige uneJain détonante dose de fraîcheur avec son premier opus, Zanaka (enfant en malgache). Jain, en référence à la religion du jaïnisme que je vous invite à découvrir dans le brillant roman Pastorale américaine du regretté Philip Roth , nous illumine avec une pop spontanée et humaniste qui s’inspire des multiples séjours à l’étranger (Dubaï, Congo, Abu Dhabi) de l’artiste. Cette facilité à entremêler les musiques du monde pour créer une pop aussi personnelle que faussement simple permet à Jain de connaître un succès immédiat, lui permettant de gagner la Victoire de l’artiste féminine en 2016. Les débuts sont idylliques et, en écoutant ce deuxième opus Souldier, j’espère que le voile de la spontanéité ne va pas se déchirer et que je vais pouvoir rester dans le monde idéalisé cher à Jain.

Les premières notes de On My Way surprennent d’emblée, l’ambiance paraît plus sombre et plus électro et la voix beaucoup plus affirmée. J’ai l’agréable impression de découvrir un trip-hop moderne tout en subtilité et originalité, comme le prouve la surprenante fin orientalisante. Flash (Pointe-Noire) et son introduction portée par les cuivres digne d’un Wax Tailor nous ramène dans des terres qui nous sont plus habituelles, une pop plus facile d’accès et particulièrement recherchée dans l’instrumentation (ahhh ces violons…). Alright, un de mes morceaux préférés, reste dans cette veine d’une pop addictive qui allie le phrasé plus hip-hop de Jain à un univers digne de Bollywood. Oui l’image peut paraître surprenante mais Jain a pour objectif de briser les barrières de manière assez évidente. Mon sommet de l’album est le très émouvant Oh Man porté par les percussions et les ruptures de rythme que je vous laisserai savourer dans la vidéo ci-dessous.

L’objectif n’est bien évidemment pas de vous résumer l’album en entier mais je constate avec plaisir l’évolution du chant de Jain qui sait se faire protéiforme. Puissant dans le plus classique Feel It que ne renierait pas une Sia, c’est dans un flow plus hip-hop que Jain me suprend, évoquant Nneka ou Selah Sue dans Inspecta ou encore Adu Dhabi. Comparé à Zanaka, ce Souldier gagne en diversité dans les atmosphères, allant de la douceur downtempo du très beau titre éponyme Souldier à la rythmique âpre du plus dispensable Star. Cette diversité aboutit cependant à une belle homogénéité et confirme qu’il va falloir compter sur la pop du monde de Jain pour les années à venir. Et puis franchement lorsque l’on se permet d’attaquer un morceau sur l’air d’Inspecteur Gadget c’est bien là une manière de nous convaincre que l’enfance de Jain est, pour notre plus grand plaisir, loin d’être finie…

Sylphe

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Her de Her (2018)

Derrière ce nom de groupe quelque peu mystérieux et résolument féministe se cachaientHer jusqu’il y a peu deux français, Victor Solf et Simon Carpentier, qu’on avait pu voir oeuvrer précédemment dans le groupe rennais survitaminé de The Popopopops. Après deux EP remarqués Tape #1 et Tape #2, j’attendais avec impatience le premier album et c’est avec une grande tristesse que Simon Carpentier, suite à un cancer, est allé taquiner les Muses là-haut et rejoindre la somme incommensurable des talents du Club des 27 cet été… Victor Solf a fait le choix de mener jusqu’au bout l’aventure de Her et de rendre en quelque sorte un « hommage posthume » à son camarade de toujours, en s’appuyant sur un grand nombre de titres écrits à deux ou déjà sortis sur les EP. Bien lui en a fait, tant cet album est un véritable bijou de soul sensuelle à souhait.

D’emblée We Choose donne le ton, morceau fort en émotion qui brille par son dépouillement à peine atténué par quelques cuivres discrets et claquements de doigts. Le deuxième morceau me rassure car la volonté de ne pas se laisser déborder par un excès de pathos, au vu du contexte de parution de l’album, est réelle avec le déjà célèbre Five-Minutes, sublime alliance entre sonorités électroniques et mélancolie sous-jacente. Voilà pour moi un refrain qui fait mouche à chaque fois avec ces synthés obsédants. Après un Icarus plus groovy avec sa basse si ronde, Blossom Roses s’impose comme un autre temps fort de l’album où les sonorités électroniques enveloppent avec grâce la voix de Victor. Je ne vais pas trop empiéter sur votre plaisir de découvrir la suite mais espère que vous saurez vous laisser séduire par l’ovni urbain On&On où l’incontournable Roméo Elvis vient poser son flow aux côtés de AnnenMayKantereit, le sensuellissime Neighborhood (humm cette basse), la résurgence soul de Jamiroquai Wanna Be You ou encore le saxo de Swim avec Zefire en featuring. Voilà en tout cas un bien bel album dont le plaisir d’écoute s’enrichit au fil des écoutes tant la production est extrêmement léchée. J’en connais un là-haut qui doit avoir le sourire…

 

Sylphe

Staying at Tamara’s de George Ezra (2018)

En 2014, vous avez dû chantonner en boucle le titre Budapest qui passait régulièrementEzra staying at tamara's sur les radios. Vous ne saviez sûrement pas qu’il faisait partie du premier album Wanted on Voyage d’un anglais à la voix d’encre et à la gueule d’ange George Ezra. Enfin ça c’était avant comme dirait l’autre… George Ezra arrive devant un sommet extrêmement difficile à gravir dans une carrière musicale: le deuxième album ou l’alternative fatale « je confirme pleinement mes talents » ou « je peux aller pointer à l’ANPE car mon premier opus était juste un énorme coup de bol ». Bon bien sûr je caricature franchement la situation et je vous propose de vérifier si George Ezra peut déjà penser à sa reconversion professionnelle (je le vois bien en agent immobilier avec son petit polo vous vantant l’authenticité d’un appartement aux poutres apparentes).

Plus sérieusement George Ezra confirme sur cet opus qu’il possède une voix sublime, chaude et grave qui n’est pas sans me rappeler celle du chanteur de The National, Matt Berninger. Une voix qui se marierait parfaitement dans des ambiances soul mais George Ezra a fait le choix d’un album tiraillé entre ballades un peu sirupeuses et morceaux résolument pop. Clairement, j’aime la simplicité des mélodies de tous les titres pop qui offrent un bel écrin à cette voix sombre: Pretty Shining People et son refrain surprenant ou encore le bijou hédoniste Paradise. Pour les ballades j’avoue être un peu plus circonspect et les trouve trop nombreuses sur la fin de l’album, ce que je perçois comme une solution de facilité. Elles ne sont pas mauvaises et je me laisse facilement désarmer par Hold My Girl ou les réminiscences de Woodkid de Only a Human  mais je préfère les morceaux plus en relief, plus difficiles à classer. Je vous invite ainsi à savourer les univers plus complexes de Shotgun ou du très beau Saviour avec First Aid Kit en featuring.

Cet album, même s’il manque un peu de relief quelquefois, confirme le talent certain de George Ezra dont la voix mérite clairement d’être découverte. La reconversion en agent immobilier n’est franchement plus à l’ordre du jour…

Sylphe

Everything Was Beautiful and Nothing Hurt de Moby (2018)

Il est des madeleines de Proust en musique et, clairement, Moby en est une pour moi. On Mobyne présente plus Richard Melville Hall, alias Moby en référence à l’auteur de Moby Dick Herman Melville qui est un des ancêtres de la famille…. Après des débuts dans le monde de la techno (le superbe titre Go en 1991 qui s’appuyait sur la musique de Twin Peaks), Moby a littéralement explosé avec une musique downtempo,  à une époque où le trip-hop régnait, grâce au bijou Play en 1999 qui s’impose comme une de mes plus belles claques musicales. Des titres sublimes comme Porcelain, Natural Blues ou encore Why Does My Heart Feel So Bad? et une belle période de ma vie, il n’en faut pas plus pour cristalliser mon attachement à Moby. 18 en 2002 et Hotel en 2005 ont su me séduire puis je me suis peu à peu détaché, étant moins convaincu par l’évolution musicale. Moby a continué à sortir de nombreux albums et je prends un coup de vieux en constatant que cet opus est déjà son quinzième album! Il est donc temps de prendre des nouvelles de la représentation dans 20 ans de Monsieur P., la doudoune bleu électrique en moins.

Après trois titres, je me prends à rêver… oui décidément le monde n’a finalement pas tant changé et Moby sait encore faire du trip-hop en 2018. Mere Anarchy qui fleure bon le Bonobo, The Waste of Suns, Like a Motherless Child et son refrain entêtant chanté par Raquel Rodriguez forment un tryptique soyeux. Le reste de l’album est de la même veine, mettant à l’honneur une douceur cotonneuse, mélancolique qui se marie parfaitement aux diverses voix féminines. Certes, pas de véritables titres imparables à part le très beau This Wild Darkness... Certes, une grande homogénéité qui peut créer une infime lassitude car l’album dure tout de même 55 minutes… Certes l’impression que Moby est resté coincé au début des années 2000… Mais bon Dieu, ça fait du bien de se retrouver momentanément en 1999!

En tout cas, je vous conseille d’écouter cet album car il sera une très bonne porte d’entrée avant d’aller savourer Play.

Sylphe

Brighter Wounds de Son Lux (2018)

Il est des rencontres musicales qui se jouent littéralement sur des détails… Jusque th_049maintenant mon esprit confondait Son Lux et Suuns (bah oui il y a quand même deux lettres en commun…) et, n’étant que modérément intéressé par le son lourd de Suuns, je n’aurais jamais écouté Son Lux sans le conseil avisé d’une personne ayant cependant des goûts musicaux contestables… Pour la remercier, je vais partager cette superbe découverte de ce trio composé du chanteur torturé Ryan Lott, du batteur Ian Chang et du guitariste Rafiq Bhatia. Ce cinquième opus est signé chez le label berlinois de qualité City Slang (Caribou, Broken Social Scene, Lambchop entre autres) et je me suis mis vraiment mis dans la peau du néophyte en n’écoutant pas les albums précédents avant d’écrire cette critique. Dernière petite information au passage concernant Ryan Lott, il fait partie du groupe Sisyphus avec Serengeti et le brillantissime Sufjan Stevens… voilà déjà quelques informations annonciatrices d’un bel album.

Cet album brille par sa mélancolie qui transpire par tous les pores, porté par la voix fragile et quelquefois angoissante de Ryan Lott. La production est un vrai travail d’orfèvre et souligne avec acuité la richesse de l’instrumentation. Globalement prédomine un certain dépouillement, ou en tout cas un aspect épuré, avec le piano ou les cordes mais on retrouve souvent un jeu sur les sons digne d’Alt-J, jeu qui touche son apogée sur la fin bruitiste de Surrounded. Je trouve le début de l’album très homogène, espèce de croisement entre dubstep et folk baroque, avec en particulier trois titres brillants, Forty Screams, Dream State et la perle All Directions qui, vous le verrez à la fin, est illustré par un clip sublime.

Voilà en tout cas un univers envoûtant qui, j’espère, saura vous séduire. Allez, je vous laisse avec le plus beau clip de l’année car j’ai les quatre précédents albums de Son Lux (pas Suuns hein?) à aller écouter.

 

Sylphe

Little Dark Age de MGMT (2018)

Voilà des nouvelles réjouissantes d‘Andrew VanWyngarden et Ben Goldwasser, alias MGMT Little Dark AgeMGMT, après un troisième opus sans saveur en 2013 qui remettait en cause l’avenir du groupe et sa capacité à digérer pleinement le succès mondial du premier album Oracular Spectacular en 2007. Il faut dire que ce dernier avait mis la barre très haute avec une pop hédoniste portée par des tubes imparables réhabilitant les mélodies minimalistes au synthé (le triangle des Bermudes: Electric Feel, Time To Pretend et Kids). Certes, le deuxième album Congratulations en 2010 avait prouvé que MGMT savait prendre des risques avec une pop plus innovante et plus difficile d’accès (la sublime chevauchée épique Siberian Breaks et ses 12 minutes) mais je commençais après leur album éponyme de 2013 à classer MGMT comme un brillant souvenir…

Toujours entouré par leur producteur de choc Dave Fridmann et les conseils de Connan Mockasin, le duo MGMT frappe très fort avec ce Little Dark Age au plaisir moins instantané et facile qu’Oracular Spectacular mais beaucoup plus homogène.Je le savoure de plus en plus au fil des écoutes et je ne serais pas étonné de le voir trôner dans mes meilleurs albums pop de 2018. Nous retrouvons la pop solaire qui a fait le succès du groupe avec le très bon titre When You Die ou la sucrerie d’ouverture She Works Out Too Much ainsi que cette tendance à nous replonger dans la pop des 80’s avec le satirique Me And Michael (la preuve avec le clip loufoque réalisé par Steve Buscemi), les sonorités aquatiques du morceau instrumental Days That Got Away ou encore One Thing Left To Try qui me donne l’impression qu’Air se serait lancé dans la pop.

Cependant, ce qui donne la force à cet album, c’est la capacité des Américains à créer des univers plus ambigus. Little Dark Age, le titre éponyme, se veut ainsi plus mystérieux et énigmatique avec une voix incantatoire alors que When You’re Small est une superbe ballade que ne renieraient pas des groupes d’anthologie pour moi comme Get Well Soon ou The National.

Voilà, à coup sûr, le meilleur album pop de ce début d’année et je connais des gens chez Columbia qui doivent de nouveau respirer car MGMT est bel et bien de retour au sommet de la pop contemporaine.

Sylphe

Rather Than Talking d’Hollysiz (2018)

De retour après un mois de vacances aux Bahamas où j’en ai pris plein les poumons, meHollysiz voilà de retour sous ce ciel neigeux… Autant dire que la transition est plus que rude et qu’il me faut un album qui se savoure dans l’instant et sans trop de réflexions afin de repartir sous les meilleurs auspices pour l’année 2018. Mon choix s’est donc porté cette semaine sur le deuxième opus intitulé Rather Than Talking (en même temps me direz-vous c’est déjà mis dans le titre… pas faux) de Cécile Cassel, alias Hollysiz. Dans la famille Cassel, les fées se sont penchées sur les berceaux et ont saupoudré à tour de bras le talent et la beauté physique. Libres à vous de juger ce qui a le dessus chez Cécile mais les critiques sont globalement assez rudes avec elle, depuis qu’elle s’essaye à la musique…

Le premier opus ne m’avait pas particulièrement marqué à part le titre phare taillé pour les radios et les dance-floors, Come Back To Me, superbe morceau qui n’était pas sans rappeler l’univers de Gossip. Pour le son, vous ne peinerez pas à voir où Hollysiz veut vous emmener avec cette pop survitaminée. Le refrain entêtant d’Unlimited, le bijou addictif Rather Than Talking et son clip assez brillant, la douceur de Boy qui vient faire baisser les rythmes cardiaques avec délicatesse, les sonorités plus âpres du surprenant Fox, la petite pépite contemplative White Mistress sur la fin de l’album… Bref, voilà un album qui se savoure pleinement dans l’instant avec une production de Yodelice de qualité. De là à affirmer que cet album aura sa place gardée pour les tops de fin d’année, il n’y a qu’un pas… que je ne franchirai tout de même pas.

Je vous laisse désormais savourer le clip superbement chorégraphié de Rather Than Talking et retourne à mon bonhomme de neige.

Sylphe

Masseduction de St Vincent (2017)

     Ce cinquième album d’Annie Clark, alias St Vincent en référence à un titre de Nick Cave, St Vincent Masseductionpossède sans conteste une des pochettes les plus hideuses dernièrement vues. Cette dernière symbolise bien la personnalité de St Vincent qui aime jouer avec les codes de la féminité afin de dénoncer le culte de l’image. Les couleurs criardes révèlent à quel point sa pop sait se faire aussi bien exubérante qu’intimiste.

     Maintenant quel idiot aurais-je été si je m’étais arrêté à cette pochette d’album… tant le contenu  mérite qu’on s’y attarde pleinement. Définir la musique de ce Masseduction n’est pas une mince affaire tant St Vincent aime cultiver les paradoxes. Sa pop peut s’avérer intimiste et belle à pleurer, tout en dépouillement et humblement accompagnée par des cordes ou un piano. Je pense que cette facette d’Annie Clark est celle qui me touche le plus et je vous mets au défi de résister au charme des trois sublimes ballades Happy Birthday, JohnnyNew YorkSlow Disco, triangle des Bermudes où vous risquez de plonger totalement. Slow Disco, en particulier, n’est pas sans me rappeler l’orfèvre Sufjan Stevens et son diamant Chicago.

     A côté de ces instants où elle se dévoile, Annie Clark aime jouer son personnage de St Vincent qui se délecte à provoquer avec une pop protéiforme résolument moderne. Des sonorités électro un brin putassières comme dans Pills et son refrain hypnotique, des distorsions et une rythmique plus martiale avec Masseduction, une rythmique new-wave survitaminée pour Sugarboy ou encore une palette de sons électriques pour le très bon Los Ageless. Voilà de quoi brouiller les pistes et faire de cet album un bien bel objet de pop inclassable qui devrait vous aider dans cette dernière ligne avant les vacances de Noël.

Sylphe

Rest de Charlotte Gainsbourg (2017)

Gainsbourg -RestEcrire un article sur un album de Charlotte Gainsbourg – en l’occurrence ici son quatrième opus intitulé Rest– c’est prendre le risque de se fracasser sur deux écueils habituels: parler de cette paternité tellement étouffante et faire le parallèle avec une très riche carrière cinématographique. Pour mettre fin à ce qui pourrait paraître une prétérition rusée, je vais donc ici m’attacher essentiellement à la chanteuse Charlotte qui avait brillamment commencé sa carrière solo en 2006 avec le remarqué 5.55, bien épaulée par Jarvis Cocker et le duo Air. Etant un admirateur inconditionnel d’Air, je n’avais bien sûr pas une once d’objectivité pour savourer pleinement le travail de Charlotte Gainsbourg et me détacher des ambiances de Nicolas Godin et Jean-Benoît Dunckel. IRM en 2009 et Stage Whisper en 2011, sans me déplaire, ne m’ont pas particulièrement marqué et je me trouve donc face à ce Rest dans ce qui s’avère finalement peut-être la situation optimale d’écoute, je n’ai absolument aucune attente…

L’entourage est, sans conteste, prestigieux pour cet album avec le producteur électro SebastiAn, les cordes du brillantissime Owen Pallett et la batterie de Vincent Taeger (Poni Hoax). Le contexte de création est douloureux car Charlotte vient de perdre sa demi-soeur Kate Barry et nous allons vite sentir que cet album est finalement un majestueux album de deuil entre émotion et envie viscérale de reprendre goût à la vie. Une autre originalité non négligeable c’est le recours au français pour la première fois, couplé à l’anglais (tendance à composer des couplets en français et des refrains en anglais). La voix de Charlotte s’affirme même si elle ne sera jamais puissante (en même temps Jane Birkin hein…)

Le résultat est donc tout simplement magnifique, sans cesse tiraillé entre la sensibilité à fleur de peau du chant et les ambiances instrumentales mélancoliques. Les 6 premiers titres sont ainsi touchés par la grâce: la pop mélancolique de Ring-a-Ring Roses, le sombre Lying With You qui évoque le deuil du père, le sublime chant de deuil Kate, le plus électro Deadly Valentine et ses boucles obsédantes (déjà superbement remixé par les belges de Soulwax), l’impudique I’m A Lie et son texte si touchant et la perle à l’état brut Rest qui brille par sa simplicité désarmante où l’on reconnaît la patte du Daft Punk, Guy-Manuel de Homem-Christo. Peut-être la plus belle moitié d’album depuis bien longtemps… Rassurez-vous, les 5 autres titres gardent le même niveau d’intensité et permettent à cet opus de s’installer fièrement comme un des albums les plus marquants de cette année. Bonne écoute à tous!

Sylphe

Prince of Tears de Baxter Dury (2017)

Voilà des nouvelles de notre dandy anglais à la voix d’encre, Baxter Dury, qui nous a fait Baxter Dury - Prince of tearsle plaisir d’être confronté à une rupture amoureuse amère cet été, source de ce cinquième opus. Encore un chanteur qui utilise la musique comme exutoire aux chagrins d’amour me direz-vous un brin lassés… ce n’est pas faux mais tout ce qui fait l’intérêt de ce Prince of Tears c’est que Baxter Dury a sans conteste souffert mais refuse tout excès de pathos mélodramatique, préférant explorer les contrées tellement anglaises du sarcasme et de l’ironie. Le flegme amusé à l’anglaise ou le paravent de la douleur…

Nous retrouvons dans cet album les recettes habituelles du fils de Ian Dury ( musicien, auteur entre autres de la célèbre formule Sex, Drugs and Rock’n’Roll) à savoir cet accent cockney et ce talk-over (chanté-parlé) sorti des cavernes qui s’allie parfaitement avec les choeurs féminins menés par Madelaine Hart. Les ambiances instrumentales contrastent parfaitement et apportent un doux désenchantement, on se laisse agréablement toucher par les violons languissants.

Sur cet opus, vous risquez donc de succomber au groove sensuel du morceau d’ouverture MiamiBaxter Dury joue avec un plaisir non dissimulé le rôle d’une petite frappe arrogante et misogyne. La chanteuse Rose Elinor Dougall sur le morceau Porcelain viendra vous rappeler les ambiances trip-hop d’un Tricky lorsqu’il laissait le chant à sa muse Martina Topley-Bird. La pop désenchantée et les violons de Mungo, la mélodie de August, les cordes mélancoliques et le dépouillement du chant de Wanna, le refrain addictif du superbe morceau final Prince of Tears, voilà de bonnes raisons d’aller écouter ce très bon Prince of Tears à qui je pourrai simplement reprocher de ne durer que 30 minutes. Je me surprends presque à souhaiter, égoïstement, d’autres chagrins amoureux à Baxter Dury… et oui la musique peut nous rendre machiavéliques (jingle « rire satanique » à insérer ici).

Sylphe