Ce qu’il faut de nuit

Le lundi, c’est lecture !

Ce qu’il faut de nuit – Laurent Petitmangin

Une région, la Lorraine. Un contexte social et politique. Une famille, un père et ses deux fils. Une voix, celle du père. Des situations qui s’enchaînent jusqu’au drame.

Mais surtout une magnifique et bouleversante histoire d’amour entre un père et ses fils, et des personnages sur lesquels l’auteur porte un regard terriblement humain et tout en pudeur.

A lire absolument !

S.J.

Un avion sans elle

Le lundi, c’est lecture !

Un avion sans elle – Michel Bussi

En 1980, deux familles se déchirent pour la garde d’un bébé de trois mois, seule rescapée du crash du vol Paris-Istanbul. La justice tranchera et décidera de l’identité de ce bébé. Émilie rejoindra donc ses grands-parents Vitral, très modestes, et son grand frère Marc.

De leur côté, les de Carville n’en resteront pas là. Ils mandatent un détective privé pour faire la lumière sur l’identité de celle qu’ils considèrent comme leur petite-fille Lily-Rose. Le détective aura jusqu’à la veille de la majorité de ce bébé pour prouver qu’elle est bien une de Carville. Il note toutes ses recherches et ses échecs au fil des années, et n’ayant rien réussi à prouver, il se suicide. Mais s’agit-il vraiment d’un suicide ?

Là-dessus, Émilie disparaît après avoir laissé un message étrange à son frère. Ce dernier se lance à sa recherche, aidé des notes du détective.

Si les personnages sont un peu caricaturaux, le récit tient quand même en haleine. L’intérêt de ce roman réside bien dans sa construction. Le lecteur découvre les événements au fur et à mesure, à travers les yeux de Marc qui, lui-même, reprend pas à pas les recherches du détective. L’alternance entre ce que Marc vit au présent, et le passé découvert dans les notes du détective, donne du rythme, maintient le suspens et permet au lecteur de construire ses propres hypothèses. Le final valait vraiment d’avoir été au bout de ce roman. Ce n’est qu’à la fin que tout prend son sens et franchement c’est surprenant.

S.J.

S’adapter

Le lundi, c’est lecture !

S’adapter – Clara Dupont-Monod

C’est un conte. Un conte raconté par les pierres d’une maison cévenole entourée de montagnes.

C’est l’histoire d’un enfant lourdement handicapé dont la courte vie nous est livrée par sa fratrie. L’aîné va s’attacher à cet enfant, le protéger jusqu’à s’oublier lui-même. La cadette, elle, se révoltera contre ce petit frère qui l’isole du monde alors que le dernier se sentira la mission de réparation pour cette famille.

Les parents sont là, mais seulement en filigrane, aussi pour évoquer le terrible parcours administratif pour obtenir des aides qui ne viennent pas ou trop tard.

Un texte tout en pudeur et en délicatesse, loin de tout misérabilisme.

Les lycéens ne s’y sont pas trompés puisqu’ils ont attribué le Prix Goncourt des lycéens 2021 à ce roman dont la présidente du jury a dit qu’il l« laisse une trace lumineuse qui ouvre les portes de la tolérance ».

S.J.

Venise n’est pas en Italie

Le lundi, c’est lecture ! 

veniseVenise n’est pas en Italie – Ivan Calbérac

Emile a 15 ans, vit à Montargis dans une caravane en attendant que la maison familiale soit construite. Il vit avec son père représentant de commerce et sa mère qui le teint en blond parce que c’est plus joli.

Emile aime ses parents même si parfois ils sont un peu envahissants.

A son grand désarroi, il n’a pas de succès avec les filles, mais quand il tombe amoureux de Pauline et que cette dernière l’invite à assister à son concert à Venise, il est au bord de l’apoplexie ! Venise, oui, mais comment ? Ça coûte cher et la famille d’Emile est modeste, pas comme celle de Pauline.

Qu’à cela ne tienne, son père a la solution : ils vont tous y aller ensemble ! On imagine bien la déception d’Emile.

Les voilà donc partis pour un périple en caravane et les péripéties ne vont pas manquer.

Emile les raconte dans son journal intime où il se livre avec humour et un grand sens de la dérision.

Ce roman a été adapté au cinéma par l’auteur lui-même.

S.J.

Dans la forêt

Le lundi, c’est lecture !

foretDans la forêt – Jean Hegland

Il aura fallu attendre plus de 20 ans pour voir arriver en France la traduction du roman de Jean Hegland.

Pourtant Dans la forêt aurait pu être écrit hier. Il raconte le chaos dû à une crise politique : plus d’électricité, plus de carburant, impossibilité de se déplacer ou d’être ravitaillé. Mais jamais l’auteure ne s’attarde sur les causes de ce chaos, ce n’est pas cela qui l’intéresse.

Son intérêt se porte sur une famille isolée dans la forêt et qui survit loin du déchaînement des villes. Les filles adolescentes doivent abandonner leurs projets de vie, la danse pour l’une, l’université de médecine pour l’autre. Les événements successifs feront de ces deux sœurs des survivantes qui se replieront de plus en plus dans la forêt nourricière et protectrice.

Dit comme cela, l’histoire pourrait être banale, déjà lue et relue… Mais Jean Hegland sait tenir en haleine en nous enfermant avec les deux sœurs dans ce huis-clos. Elle sait dire les tensions, les espoirs, les doutes, les moments d’abattement, la révolte. Elle sait faire des petits gestes du quotidien une aventure pour la survie. Elle sait nous attacher à ses personnages en nous montrant au plus près comment elles se transforment, comment elles s’adaptent sans renoncer, si ce n’est à la modernité.

Un roman sur la fin de la société de consommation et sur le retour à une vie où la nature retrouve toute sa place.

S.J.

En vieillissant les hommes pleurent

seigleEn vieillissant les hommes pleurent – Jean-Luc Seigle.

J’ai été bouleversée par l’histoire d’Albert, un homme qui n’a pas forcément les mots pour dire son mal-être, mais aussi par l’écriture de Jean-Luc Seigle, toute en délicatesse, en pudeur, en retenue.

L’auteur nous fait vivre une journée de juillet 1961, sur fond de guerre d’Algérie, jusqu’au dénouement qui fait petit à petit monter une boule dans la gorge.

Comment parler de cet homme, Albert, attaché à sa terre et à sa ferme mais qui a dû se résoudre à devenir ouvrier chez Michelin ? Lui-même a tant de mal à dire le sentiment qu’il a d’être dépassé par la vie, par la modernité dont sa femme est éprise. Il est incapable de décrire sa lassitude de la vie. Il ne peut que rester silencieux, taire la honte d’avoir été fait prisonnier en 1940 sur la ligne Maginot, cette captivité qui ne lui a jamais permis de tisser de lien avec son fils aîné.

Il ne sait comment dire son désarroi devant son monde qui se désagrège, devant sa mère qui perd la tête et ne vit plus dans le présent, devant sa femme qui fait peu à peu disparaître le passé et introduit dans le foyer un monde moderne dont il se sent exclu.

Il ne sait comment dire à ses fils qu’il les aime parce qu’il n’a pas les mots. Albert ne dira pas. Il agira.

C’est avec une grande délicatesse que l’auteur dresse le portrait d’une époque et d’un homme qui, dans un acte courageux et d’une immense générosité, fait le don d’une existence pour que ses enfants vivent mieux que lui.

Il y a une telle grâce dans l’écriture de Jean-Luc Seigle ! Il accompagne son personnage avec une telle bienveillance, jamais il ne le juge, ni lui, ni les autres personnages d’ailleurs. La langue est sobre et pudique dans ce roman qui donne toute leur importance aux mots et à la littérature.

Et ce titre ? N’est-il pas magnifique ?

S.J.

Oh boy !

  Le lundi, c’est lecture !

Je suis sûre que beaucoup d’entre vous n’ont toujours pas lu ce superbe roman qui donne à rire et à pleurer.

oh boyOh, Boy ! – Marie-Aude Murail

Siméon (14 ans), Morgane (8 ans) et Venise (5 ans)  n’ont vraiment pas de chance. Leur père a disparu dans la nature et leur mère vient de se suicider en avalant du « canard vécé ». Les services sociaux se penchent sur leur cas, mais il n’est pas facile de caser une fratrie.

Les jeunes Morlevent ont pourtant fait un « jurement », celui de ne jamais être séparés. C’est Siméon  –  surdoué, il est en terminale à 14 ans – qui suggère une solution à la juge et à l’assistante sociale. Il se souvient que son père a eu d’autres enfants avant eux, qu’il a aussi abandonnés. Ces enfants sont maintenant adultes, il n’y a qu’a leur demander de devenir tuteurs, voire même qu’ils les prennent en charge.

La juge retrouve effectivement les deux autres Morlevent, mais l’affaire n’est pas si simple. Il y a Josiane Morlevent, ophtalmologue en mal d’enfant, mais qui ne veut que la plus jolie. Et y a Barthélémy Morlevent, 26 ans. C’est un glandeur de première, instable, égoïste mais surtout très  « pédésexuel » et qui n’a donc a priori pas vraiment les atouts pour devenir un tuteur responsable. D’ailleurs, il ne veut pas le devenir ! Tout ce qui de près ou de loin ressemble à un problème ou une attitude adulte…il fuit. Mais on ne refuse pas une convocation chez une juge, qui voulant le tester, lui impose les enfants les samedis. Le reste du temps, les jeunes Morlevent vivent dans un foyer en attendant la décision de justice. Les trois jeunes semblent sauvés, mais finalement…non.

Le roman pourrait glisser vers le sordide, mais c’est sans compter avec le talent et la délicatesse de Marie-Aude Murail. Elle aime ses personnages, elle ne les maltraite jamais vraiment, même quand elle les fait passer par des épreuves aussi douloureuses. Et il va devoir en affronter le pauvre Siméon ! Heureusement il y a Barthélémy. L’incroyable, l’unique Bart !

Si au début l’auteur met en jeu l’avenir de ces trois enfants, au fond, c’est plutôt de Bart qu’il s’agit. Les enfants sont là pour l’aider à grandir, à assumer ses responsabilités, à sortir de sa bulle et enfin aller vers les autres. C’est bien grâce à ce personnage, ses répliques cinglantes et si drôles, ses bourdes, ses hésitations, ses retours en enfance lorsqu’il joue aux Barbies avec Venise, que le récit est supportable. C’est bien grâce à lui qu’au cours de cette lecture les larmes se transformaient toujours rapidement en sourire.

Tout est si juste dans ce roman. Jamais Marie-Aude Murail ne sombre dans le sentimentalisme. Elle ne donne pas non plus dans le « happy end », elle propose simplement à ses personnages un petit arrangement humain, donc loin d’être parfait, avec la vie et l’avenir.

A lire absolument !

S.J.

Cavale

cavale

Cavale – Holly Goldberg Sloan– (I’ll be there) – traduction de l’américain de Nathalie Peronny

Cavale, c’est l’histoire de deux frères, Sam et Riddle, enlevés dix ans plus tôt par leur père marginal. Ils vont de ville en ville, n’ont pas le temps de s’intégrer où que ce soit. Ils fuient dès que leur fou de père se sent en danger. Ce dernier ne s’inquiète pas d’eux, ni de leur procurer la nourriture et le confort nécessaires, ni de l’asthme de Riddle, et encore moins de leur éducation.

En marge de la société, Sam qui va sur ses dix-huit ans ne pense même pas à fuir. Il ne pense qu’à survivre, et protéger son petit frère malade.

Pourtant, tout va basculer pour les garçons le jour où Sam rencontre Emily.

Difficile de faire part de ses sentiments quand on n’a pas les mots, quand on ne se sent pas en sécurité, quand le mot « amour » n’a pas de sens parce que pas de référence.

Pourtant les deux jeunes vont se lier, la famille d’Emily va prendre les deux garçons en affection à l’insu du père.

Mais ce père n’acceptera pas d’avoir été dupé.

Un roman très touchant. Les personnages sont habilement décrits , on apprend petit à petit à les connaître et à les comprendre (même le père …).

L’histoire n’est pas aussi sombre qu’elle paraît. Il y a de l’amour, de l’espoir, même un petit brin d’humour. Le suspense est très bien maîtrisé et le tout se lit avec un grand plaisir.

Disponible au CDI.

 

Dites aux loups que je suis chez moi de Carol Rifka Brunt (2015)

dites-aux-loups

Un vrai coup de cœur, un roman beau et triste dont on sort transformé…

Entre New York et sa banlieue milieu des années 80, C’est l’histoire d’une adolescente sensible, June, passionnée d’art, et de son parcours chaotique entre sa sœur qui la tyrannise, ses parents ennuyeux et absents..mais surtout de son oncle, peintre reconnu mais autour duquel, on entretient un secret….il est atteint du sida. Maladie dont le nom est encore tabou….

Je n’en dis pas plus. A vous de lire !

Barkhane